Le titre n’est peut-être pas le plus tapageur, mais il demeure le plus véridique. Art difficile, que de faire le portrait d’Allifeur. D’une part car le gnome semble accumuler les vies les plus disparates en une seule, d’autre part car c’est un de mes plus proches amis, et j’aurai donc du mal à chercher une quelconque neutralité dans les propos qui vont suivre.

 

Remarquez, nul besoin d’impartialité dans un portrait, qui demeurera toujours le reflet d’une image plus ou moins travaillée d’un individu, en fonction de notre capacité à lire entre les lignes, ou plutôt à écouter les silences, entre les mots. Mais Allifeur, outre le fait qu’il soit co-producteur de ce “gnuméro”, a suffisamment partagé mon quotidien pour que je puisse prétendre le connaître en dessous de la surface, au détriment sans doute de ses (trop) nombreux clones. Si Allifeur est suffisamment complexe pour faire face avec brio à une multitude de situations, il demeure surtout ma première rencontre avec le peuple gnome, qu’il s’entiche et tâchera toujours de représenter. En cela, il était plus que légitime de leur consacrer un modeste numéro du Garnement.

 

Pourtant, et c’est tout le but d’un portrait, je ne parlerai ici que d’Allifeur et non des gnomes dans leur ensemble. Tâche ardue, car la réussite du gnome à représenter les siens a sans doute dépassé toutes ses espérances. Dans les premiers jours qui suivirent mon arrivée à Hurlevent, j’avais déjà entendu parler de lui. Allifeur le gnome, le gnome Allifeur, la conjonction était facile à faire, si ce n’est évidente. Au risque peut-être de mettre tous les gnomes dans le même panier, comme on jetterait sans distinction des champignons dans une seule et même salade – ne prenant soin que de retirer les plus vénéneux – au risque de terminer avec un assortiment qui, malgré l’assaisonnement, tourne au vinaigre ou soit pour tout palais, d’un franc mauvais goût.

 

Mais revenons au gnome de la situation. Ou plutôt, commençons par le commencement. Allifeur ne connait que peu ses parents. Il explique ainsi n’avoir “qu’une seule mère, ma patrie Gnomeragan”. Les liens du sang importent peu, par rapport à l’esprit collectif qui anime les gnomes. Son géniteur semblait cependant être l’exception qui confirme la règle, car il était peu apprécié de ses congénères ou les appréciait peu – cela revient sans doute au même – tant est si bien qu’il s’était spécialisé dans l’aviation : “Plus il volait haut, moins il avait à entendre les gens”. C’est lui d’ailleurs qui choisi à Allifeur son prénom, dans l’idée qu’il n’était “qu’un rejeton”, qui avait encore beaucoup à apprendre.

 

Quand au nom Tournepignon, il provient d’une histoire des plus plaisantes à écouter. Le gnome voulait s’orienter vers l’aménagement urbain, dans l’idée de créer une habitation qui tournerait sur elle-même, afin d’optimiser l’intérieur et au delà, le confort de ses habitants, vis à vis d’un nombre clairement non exhaustif de facteurs. D’ou la notion, “Tourne – Pignon”. Si Allifeur fut l’honorable détenteur de quelques brevets issus de sa modeste invention, elle lui permit surtout de se lancer dans une toute autre carrière : Faire tourner le pignon est sans aucun doute un art – mathématique – délicat, mais devient quasiment impossible lorsqu’il s’agit de la tuyauterie, axe centrale de toute habitation, de toute ville, de… tout, en fait.

 

Allifeur entame donc de longues années d’études, pour enfin endosser le métier de plombier, une profession renommée à Gnomeragan, ville qui dépend totalement de sa tuyauterie, notamment des fameux “tuyaux à poulet”, dont je ne ne parviens toujours pas, malgré explications, à distinguer le bout de la queue ou la queue du bec.

 

Le facétieux gnome est âgé d’un peu plus d’un siècle lorsque, dans un scénario qui n’a rien d’une facétie, Gnomeragan tombe, entrainant la mort – ou pire, la radiation – de 90% de ses habitants. Allifeur travaillait à ce moment là sur un tuyau en hauteur de la ville, il parvint donc à s’échapper via un conduit d’aération. Il n’apprendra l’étendue des dommages causés que bien plus tard, de la bouche des survivants. 10%… Un chiffre qui laisse présager le nombre de proches à pleurer, en plus d’une ville, sa ville, qui du cocon protecteur est devenue un tombeau, inaccessible.

 

Allifeur prend très vite conscience que ses “compétences en plomberies deviennent inutiles, à l’extérieur” et qu’il doit “trouver une nouvelle fonction”. Il s’agit, pour lui comme pour les autres survivants, de s’adapter, de trouver une nouvelle place dans un monde qui a perdu son principal repère. Beaucoup d’exilés vont trouver refuge chez les nains. Le futur hydromancien, lui, est secouru par un nain du Loch Modan. Il lui demande de l’emmener à Dalaran, royaume des arcanes  et suffisamment cosmopolite pour qu’un gnome s’y épanouisse. Mais nous sommes au début de l’an 20, et les deux comparses découvrent à la place de la ville qu’une immense bulle opaque et impénétrable.

 

C’est encore une fois les opportunités, saisies ou ratées, qui créent les vies dans leur complexité. Allifeur abandonne l’idée de rejoindre la cité pourpre et se rend à Austrivage, ou il s’engage sur un navire qui le mène à Boralus. Il y suit un enseignement pour devenir hydromancien, se présentant lui même comme un “plombier de l’arcane”. La magie tempestaire ne manque pas d’utilité à Kul Tiras, que ce soit pour aider à la culture des champs, ou surtout à la navigation. Le gnome y passe quelques années, s’engageant sur des navires, et termine déposé à Kezan, en territoire gobelin. Cette période là pourrait sans doute à elle seule donner lieu à un article – ou un roman – Allifeur expliquant simplement qu’il a passé “plus de temps à fuir (les gobelins, NDLR), qu’à Terremine elle même”.

 

Il y a trois ans, Allifeur quitte définitivement les îles dans l’idée de revenir à Forgefer. Il traverse alors Hurlevent pour la première fois, dans l’idée d’y prendre le tram souterrain afin de rejoindre la ville sous la montagne. Mais ce qu’il croise et entend dans nos rues, notamment concernant ses comparses, le convainc de rester ici et d’initier ce qui sera sa grande mission de représentation du peuple gnome. Ils sont alors encore moins nombreux qu’aujourd’hui à arpenter les rues de la ville, préférant se réfugier dans le travail. Il rejoint quelques temps après la Gnomes & Inc, dont il est élu président au printemps 37.

 

De ses efforts pour représenter la nation gnome, on pourrait en citer à la pelle : festivals, évènements… Même si le retour de la Légion Ardente à légitimement modifier le cahier des charges, pour des missions diverses telles que la participation à l’effort commun sur le rivage brisé, la mission diplomatique en Suramar ou, plus récemment, les deux expéditions en Draenor en vue de la potentielle évacuation d’une partie de la population.

Si ces missions n’ont pas été conçues pour mettre en avant la culture gnome, elles sont cependant le reflet de sa réussite. Les gnomes nous resteront sans doute parfois opaques ou extravagants, analysant souvent les situations avec un cadre de pensée inverse à la nôtre. C’est cette différence qui est pour nous indispensable : mieux vaut, je crois, avoir deux têtes pensantes en contradiction qu’une seule toujours en accord avec elle même. Pour Allifeur, l’Alliance est une main, dont chaque membre ne doit sa force qu’à son action synchronisée avec les autres. Et lorsqu’il s’agit d’intelligence, d’instinct et de discernement, n’affirme t-on pas que “c’est le petit doigt qui l’a dit “ ?

 

Mairi Elisabeth O’Hara

 

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