Il n’est pas évident pour un humain de comprendre la désorientation constante des gnomes d’Hurlevent, et c’est pour cette raison qu’il est important que nous changions un petit peu d’optique pour amorcer le sujet. Plutôt que de vous accrocher directement sur des problèmes gnomonocentrés, le Garnement vous propose d’introduire le sujet par une fiction éducative sur la vie d’un Humain à Gnomeregan. Nous espérons que ce récit saura vous sensibiliser davantage.

Garvel Lantier n’était pas vraiment le plus chanceux des hommes, bien au contraire : Mineur par passion il n’avait jamais eu dans sa vie le moindre minerai de valeur. Sa pioche avait beau frapper encore et toujours depuis plusieurs années, il n’y avait jamais rien d’autre dans son wagon que de la pierre brute. Alors, désespéré par cette atroce fortune accablant sa haute ambition, il prit la décision de s’enfoncer dans des grottes jamais explorées jusqu’alors. Ce n’était pas un détour extrêmement rassurant, les profondeurs étaient remplies d’arachnides en tous genres, la première moitié était toxique, la seconde n’avait même pas besoin de l’être. Malgré le risque immense, il gardait espoir ; il savait qu’il pourrait trouver quelque chose là où personne n’a encore jamais osé aller. Pour une fois son intuition était bonne ! Il avait flairé au loin quelques maigres pépites d’or vers lesquels il se précipita en hâte sans la moindre méthodologie de sécurisation minière ! Les araignées avaient bien repéré sa position, pourtant elles n’allaient pas le traquer, pourquoi ?

 

Tout simplement car la grotte était en train de s’effondrer sous les coups maladroits de ce pauvre Garvel qui, trop pressé se retrouva totalement prisonnier de l’éboulement. Pris à part dans une petite cavité, il garda sa bougie allumée dans l’espoir de percer une sortie vers la surface… Hélas, l’air ne circulait pas assez et au bout de quelques heures il commença à perdre connaissance, asphyxié.

 

Cependant dans un immense fracas, une autre araignée sortie de la pierre, elle la broyait comme s’il s’agissait de paille ! Après son festin rocheux, elle posa ses yeux lumineux sur l’homme. Le mineur tenta de lutter dans l’horreur mais cela n’y faisait rien, elle était intégralement métallique et demeurait quasi inébranlée sous les coups de pioche… Son cerveau sombrant dans une forme de dégénérescence, il débrancha intégralement ses connecteurs neuronaux pour s’endormir sous l’épuisement. Plusieurs heures passèrent avant qu’il ne se réveille sous le bruit assourdissant d’un sifflement. Tandis qu’il ouvrit les yeux, une lumière brutale l’aveugla soudainement en le forçant à se recouvrir le visage.

 

D’étranges individus s’agitaient autours de lui dans un immense brouhaha dont il ne comprenait rien… Le lieu était entouré de larges plaques métalliques et son lit était beaucoup trop petit pour lui… De minces petits bras d’enfant le secouait, l’incitant à se réveiller au plus vite. Garvel ne comprenant toujours pas, l’enfant activa un étrange mécanisme le propulsant contre le mur. Le sol de la salle était incliné à 45° et l’humain se mit à rebondir et rouler hors de la salle… Hélas, le lieu n’était pas vraiment prévu pour un individu d’une masse aussi conséquente que la sienne : il se cogna crâne d’abord contre l’un des murs de fer.

 

Hébété sous le choc, l’humain s’écroula à terre à nouveau ; une autre créature s’approcha de lui… C’était un gnome. Garvel, totalement perdu, demanda à mi-voix ce qui venait de lui arriver et où il se trouvait. Son interlocuteur répondit en détail !

 

La salle qu’il venait de voir était l’une des nombreuses chambres du dortoir de Gnomeregan. Les mineurs gnomes qui l’avaient trouvé ne savaient pas trop quoi faire de son corps gigantesque, ce n’était pas dans leur formation. En premier lieu ils se tournèrent vers les gnomes du secteur médical, mais ceux-là insistaient un peu trop pour le disséquer alors qu’il était vivant… Préférant pouvoir mesurer son degré de civilisation, ils décidèrent de le placer dans le lit d’un étudiant récemment auto-pouletisé pour voir s’il arriverait à s’intégrer.

 

Enfin, continuant son flux de parole, le gnome détailla toute la structure de la salle elle-même, réfléchie intelligemment en plaçant neuf individus par pièce de sorte qu’il y ai toujours un gnome pour motiver les plus fainéants. Pour bien aider à la dure tâche du réveil, chaque lit est équipé d’un matelas éjectable et de quelques ustensiles comme une plume auto-chatouille ou un immense marteau (pour les gnomes les plus récalcitrants). Partout autours le mobilier est calibré et chronométré par d’immenses horloges, les projecteurs et sifflets s’activent à heure dite et ce sont aux gnomes de s’adapter au rythme dicté. Enfin, le sol est incliné pour faciliter la sortie du lit et accentuer la fatigue quand on va se coucher.

 

Bien entendu, Garvel n’y compris pas le moindre mot, lui qui n’eut jamais pu envisager autre chose que l’horizontalisme de circulation dans son habitation n’était pas prêt pour ces concepts novateurs. Heureusement, une bosselure occipitale s’était formée après son choc, lui donnant une excuse pour son incompréhension. Compatissant, le gnome l’escorta jusqu’à la cantine générale, lui causant d’ailleurs quelques bosselures supplémentaires par l’oubli du facteur des plafonds bas. S’excusant, confus de tant de distraction, il le fit asseoir sur l’une des petites chaises. Celles-ci étant beaucoup trop basses pour Garvel alors il fit une demande d’autorisation exceptionnelle au département des techniciens de surface pour lui permettre de s’asseoir sur l’une des tables sans être réprimandé. Après réunion d’urgence des opérateurs hygiéniques du secteur 7, le privilège de s’asseoir sur les tables fut accordé à l’humain le temps que du mobilier optimisé lui soit confectionné.

 

Après toute cette attente sous les railleries des gnomes ambiants, on vint lui servir un poulet entier qu’il l’accepta. Après qu’il l’ait ingéré, on lui demanda son goût en lui expliquant qu’il s’agissait de l’étudiant auto-pouletisé dont il avait pris le lit… Garvel le régurgita partiellement dans l’incompréhension collective et se vu servir des gnuggets de Gnomeregan qu’il grignota après qu’elles aient été confirmées et prouvées comme poulets de naissance. Il ne voulut cependant ni des mixtures énergisantes concentrées, ni de la viande de rat qu’on lui proposa.

 

Voyant qu’il ne s’adaptait vraiment pas à la vie gnome, on lui indiqua l’itinéraire à prendre pour quitter la ville. Ce n’était vraiment pas compliqué pour un habitué, oserais-je même dire que c’était le chemin le plus simple imaginable. Mais malgré ses efforts, arrivé au hall des engrenages ne savait déjà plus où il se trouvait.

 

Ce hall était jadis la gare centrale de Gnomeregan, les quais étaient tous sur une base rotative dont l’accès et la forme variait selon les heures pour permettre de desservir un maximum de trams dans le moins d’espace possible… Garvel était totalement déboussolé. Il consultait le plan de la zone, mais ça ne faisait qu’aggraver son incompréhension ! Le plan n’était pas simple, il expliquait la vitesse de rotation chaque niveau d’engrenage et demandait de calculer soi-même son itinéraire ! Après avoir tourné en rond sur plusieurs étages pendant à peu près une heure, il se dit qu’il n’avait qu’à tenter à la chance pour trouver le bon, il pourrait toujours revenir en arrière.

 

Grossière erreur : Pensant embarquer dans un tram de passagers, il s’incrusta à un tram de marchandises, l’expédiant plus profondément dans Gnomeregan !… Réalisant son erreur il paniqua, pensant même à sauter du tram en marche… Heureusement sentant la vélocité de l’appareil, il eut l’intelligence élémentaire de ne pas le faire.

 

C’est ainsi que Garvel fut livré dans une usine à machines volantes entouré de travailleurs. Ceux-là le remarquèrent et l’approchèrent par dizaines, provoquant un nouvel état de panique chez l’humain ! Cherchant à s’échapper de ces gnomes et de leurs dangereux conseils, il décida de bondir sur une machine à proximité, s’y pensant en sécurité…

 

C’était un bolide près au décollage, attendant juste un pilote pour qu’une main mécanique vienne le saisir, imitant le geste d’un lanceur d’avion en papier pour l’expédier dans un large tuyau.

 

Bien sûr il ne savait pas conduire, et il est mort écrasé sur une montagne. Il n’y a pas de miracles et de jolies fins dans les histoires gnomes. Nous espérons qu’elle aura su vous faire comprendre le ressenti de nos exilés résidant à Hurlevent.

 

Allifeur Tournepignon