Ces derniers temps, la IVème compagnie du VIème régiment d’infanterie de Hurlevent, alias les Crocs de Wrynn, fait parler d’elle. C’est un ordre militaire encore un peu neuf, alors évidemment ils répètent les erreurs de parcours commises par ceux qui sont passés avant eux.

Par exemple, la représentativité théorique qui consiste à s’ouvrir à tous les peuples de l’Alliance sur le papier, mais de s’en tenir en pratique à de fiers humains, une minorité raciale et éventuellement des demi-sang. Mais le bon genre de demi-sang. Parce que si vous êtes du mauvais genre de demi-sang, comme ce type, Gor’ren, vous aurez sûrement droit à des blagues de très bons goûts.

 

Rien d’anormal, d’après le capitaine Castlemarn, puisque “ les bâtards sont déjà mal vus de toute façon”. Autant leur poser un écriteau « Affrontez moi en Mak’gora » sur le dos et rigoler un bon coup.

 

Le jeune Gaëlt, qui nous a raconté les faits, était une recrue de la IVème compagnie. Sauf que quand son souci de défendre les minorités oppressées l’a amené à l’insubordination et à la démission, on l’a laissé aux geôles de la capitale. C’est un autre travers des ordres militaires débutants, ça. La discipline confuse. Châtier les récalcitrants coûte que coûte, même quand ils ont la morale de leur côté, et se montrer trop permissif avec les chiens qu’on a dressés.

 

Ce qui nous amène au troisième point. Concilier bassesse d’esprit et honneur de soldat. C’était un exercice difficile pour les hommes du Croc qui ont voulu plaisanter avec les couturières aux Doigts de fée. Le retour de bâton leur est venu sous la forme du garde du corps de ses dames, Dralvan, et les messieurs avaient alors eux-mêmes si peu d’honneur à défendre qu’ils ont invoqué celui des soldats tombés et des autres plus vaillants. Leur capitaine a bien essayé de porter plainte contre le dit garde du corps pour ce qu’il considérait comme des provocations envers ses ouailles, mais puisque la Garde n’arbitre pas systématiquement les joutes verbales, il a autorisé un lâché des chiens pour un passage à tabac de Dralvan. Et pas en finesse puisque Evan des Veilleurs, parmi d’autres, était présent pour nous relater l’altercation.

 

Déjà, des soldats qui insultent des couturières au lieu de profiter de leurs services pour raccommoder leur manque flagrant d’affection, c’est stupide. Mais balayer toute remise en question de son comportement via l’équation « 1 soldat insulté = 1 armée déshonorée”, ça manque cruellement de dignité. C’est pourtant cette équivalence maladroite qui nous a été donnée comme excuse par le Capitaine. Le devoir d’un officier est – rappelons le quand même – de discipliner ses soldats pour que ce genre de choses n’arrive pas, pas de les envoyer discipliner des civils pour le même résultat. Même si comme le dit Franck Castlemarn : “ les débordements sont monnaies courantes et les soldats jamais que des hommes. ” Pour un homme d’église c’est quand même dommage un tel manque de foi en l’humanité.

 

Dernier point, la confusion législative du militaire. Ou les subtilités de la loi guerrière. Sur le papier, le Capitaine voit le principe : soutenir les milices locales et se plier à leurs règles sur les territoires qu’elles occupent, appliquer les règles de guerre sur le front et face à l’ennemi. Sauf qu’en pratique, on a quelques cafouillages. Un cas relaté encore par Gaëlt évoque une exécution sommaire en pleine forêt d’Elwynn. C’est quand même un peu proche de la capitale pour être considéré comme zone de non-droit et donc éligible à la loi martiale. Les cas de Gaëlt et Dralvan sont aussi des exemples de cette confusion, car si le premier a été mis en geôles pour une histoire de duel au moment où il échappait à la législation des Crocs, le second a eu droit à une taille 44 de cette justice personnelle quand les soldats ont estimé que celle du royaume n’allait pas en leur faveur.

 

On a donc ici un humanisme trop marqué, un souci de la discipline encore hasardeux et un jonglage juridique commode, qui en se cumulant avec un honneur réclamé plutôt que mérité font de la IVème du VIème une compagnie qui a encore besoin d’apprendre de ses erreurs. Il est donc recommandé aux citoyens de Hurlevent d’agir comme des adultes responsables, de ne pas céder aux provocations et de se montrer patients avec les soldats qui se font une place dans la grande ville de la seule façon qu’ils connaissent : en jouant du coude.

 

Robby