Il y a un mois de cela, un groupe d’aventuriers mené par Allifeur Tournepignon partit risquer la mort dans la nature sauvage de Draenor pour réhabiliter et sécuriser l’ancien portail de Hurlevent. Le Garnement vous propose de découvrir cette incroyable aventure répartie en trois numéros !

La jungle aux mille périples, résumé d’une expédition en Draenor (Partie 1)

 

C’était il y a trois ans de cela, le Kirin Tor sortait enfin de sa neutralité, l’Archimage Sol vint en personne pour ériger un portail vers l’autre monde déterminée à soutenir l’Alliance dans sa bataille contre l’abominable Horde de fer. Le plan était assez simple, elle voulait une porte non-loin d’Hurlevent, le cœur du Royaume pour que Draenor soit une extension directe de nos terres. La destination semblait parfaite, une végétation riche en fruits, très proche du plus important bastion du clan Rochenoire le tout sur un nœud tellurique permettant une grande flexibilité de création de portails. Hélas ce paradis s’avéra trompeur, ces lignes telluriques avaient un effet extrêmement puissant sur la flore locale: Les plantes repoussaient aussitôt après avoir été coupées, une conscience se développaient en elles pour leur donner la capacité de se défendre, ce qu’elles ne manquèrent pas de faire.
Les plantes animées du bois primordial eurent ainsi raison d’un nombre important de mages, mais le sort réservé aux survivants fut pire encore : Au fur et à mesure que ces derniers respiraient, de minuscules spores intégraient leur corps jusqu’à ce qu’ils en perdent totalement le contrôle… Les mages de ce voyage devinrent petit à petit prisonniers d’eux-même, condamnés à devenir les spectateurs de leur propre déroute. De cette énorme débâcle il n’y eut qu’un seul survivant nommé « Kesalon le sous-mage ». C’était un génie de l’abjuration souvent moqué pour son incapacité à gérer toute autre école de magie, le menant à toujours s’entourer dans de petites bulles d’énergies et ne jamais en sortir… Cette spécificité risible est ce qui le préserva des spores mortels, lui permettant même d’empêcher les plantes d’envahir Hurlevent par le portail. Ce héros retint les plantes des journées entières jusqu’à ce qu’une créature massive fasse son apparition…  Un Génésaure.
Grands comme un château-fort, les Génésaures sont les seigneurs ultimes du monde botanique de Draenor : chacun de leurs pas fait pousser des fleurs, chacun de leurs poings peut donner vie à un bosquet entier! Le monde a ainsi vu cette énorme créature qui se dirigeait sur Hurlevent, manquant de peu de nous tuer en asphyxiant Azeroth. Heureusement, les efforts du brave Kesalon ne furent pas vains! Le délai qu’il économisa permis à la renommée Dame Baihu et quelques courageux combattants de stopper cette immense créature. Le sang de l’énorme dépouille se mit à fleurir après sa chute, l’horrible créature fut ainsi bien vite recouverte par sa propre tombe.
Les conséquences de cet événement furent assez massives pour le Kirin Tor… Une fois le portail refermé et Kesalon nommé Archimage, il ne restait plus que l’Archimage Kadgar en Draenor pour prendre des décisions contre la Horde de fer. Ce fut une crise majeure qui joua énormément dans le retour à la neutralité du Dalaran.
Parler de cette histoire me fait un effet étrange… Moi aussi on m’avait proposé d’aider à faire ce portail, quelques compatriotes gnomes étaient de la partie, j’aurais pu finir comme eux. J’avais jadis refusé par opposition au principe d’interventionnisme inter-dimensionnel, j’avais quelques petits problèmes éthiques avec le principe. Cependant j’ai largement ré-envisagé cette idée depuis qu’Argus est apparue au-dessus de nos têtes; j’ai pris conscience de quelque chose d’essentiel. Azeroth est fragile. Nous pensions l’avoir compris lorsque le cataclysme ravagea des pans entiers du monde, mais ce n’était rien à côté de ce qui nous menace à présent. Qui sait ce qu’il adviendrait si Argus venait à imploser et s’éclater sous formes d’immenses météores? Qui sait quels autres tours destructeurs infâmes sont encore à venir?
J’entends bien qu’il faut combattre, mais face à une nuée ardente il n’y a pas d’autres options que la fuite. Hurlevent a besoin de points de fuite en cas de catastrophes irrésistibles, ce pourquoi j’ai pris la décision de réhabiliter ce portail, dusse-t-il me ruiner pour régler tous les paramètres de sécurité optimale d’utilisation. Après plus de trois mois d’insistance et de négociation bureaucratique avec les autorités du royaume, l’ensemble du système fini enfin par être accepté, je pouvais lancer l’expédition, partir pour Draenor.
Ou plus précisément, l’un des territoires les plus dangereux et impitoyables de ce monde : Gorgrond. On en ignore presque tout et à raison; tout peut vous y tuer. Plantes, pierres, vapeurs, animaux, insectes, orcs, ogres, Soufre vivant, plantes de soufre, chaleur, spores, araignées, champignons, vapeur de champignons…  On recense plusieurs centaines d’éléments mortels sur ce territoire, allant de la taille microscopique jusqu’aux montagnes vivantes elles-même, et ce ne sont que ceux qu’on connaît.
Le tout était donc de savoir comment s’y rendre sans reproduire les erreurs de tous ceux qui s’y sont rendu avant moi… Mais également de garder un plafond financier acceptable, la Trésorerie Royale ne remboursant le projet que si l’utilité du-dit portail est avérée par des événements cataclysmiques. J’ai donc choisi de partir à la rencontre d’équipes s’étant déjà rendues sur ce territoire et, après avoir filtré la majorité qui ne voulait pas y retourner, il me restait encore une équipe d’une bonne dizaine de Sombrefers. Ils se disaient persuadés que Gorgrond abritait encore quelque part caché des infrastructures d’un ancien passage des créateurs. C’est par cette soif de découverte qu’ils acceptèrent de travailler en collaboration avec mon équipe, tout ce qu’ils avaient à faire était de préparer des équipements militaires, char d’assaut, fusées et lance-flammes afin de nous permettre de passer la jungle sans craindre les spores. Ils commencèrent à travailler de leur propre côté en avant-poste, recyclant les nombreux débris que la Horde de fer avait abandonné après la guerre.
De mon côté, je continuais les recrutements en cherchant à enrôler le moindre gaillard assez motivé. Il n’y avait pas foule, je ne pouvais même pas trier les individus compétents et ceux qui étaient simplement téméraires… Le détail de la composition du groupe sera abordée dans un autre article du Garnement afin de ne pas alourdir inutilement ce texte, si cela vous intéresse je vous laisse vous y attarder plus longuement. L’organisation du groupe était ainsi très loin d’être optimale mais je n’avais pas du tout matière à être exigeant, j’ai fais avec.
Jour 1 –
Tout s’est fait dans l’urgence, j’avais recruté des gaillards d’un peu tout les genres, ils ne se connaissaient pas et ne comprenaient même pas vraiment notre mission. Le projet était pourtant assez clair: un voyage d’une semaine au sein de Gorgrond, une aventure pour trifouiller la corde tellurique utilisée par l’ancien portail et la rediriger modérément afin qu’elle mène jusqu’à Talador. Je me suis imposé un délai court car je ne suis pas du genre à tergiverser, en particulier dans un milieu sauvage regorgeant de prédateurs cruels.
Ayant préalablement fait tous les repérages nécessaires à l’épopée, j’ai pu téléporter notre groupe dans un secteur bien plus sécurisé. Ce n’était pas loin du premier point établi par l’Archimage Sol à l’extrême nord-est de la région,  en bord de mer entouré par d’imposants volcans aux déjections toxiques; ils avaient l’utile particularité d’éloigner les immenses hydres des rivages. Par ailleurs il y avait également quelques appréciables bassins naturels de soufre mélangés parmi les bassins toxiques qui reboutaient les créatures végétales. Enfin le lieu était trop loin et perdu pour donner envie à l’empire des élémentaires de pierre, il n’intéressait donc absolument personne outre quelques espèces de cactus, l’endroit avait tout d’une base idéale.
Les sombrefers y avaient comme convenu déjà établi une base souterraine avec d’imposantes réserves de bières et beaucoup de matériel de bricolage… Mais à la surprise du groupe nous fûmes accueillis par un ogre à l’imposant gourdin! Nous étions prêts à en découdre jusqu’à ce que les sombrefers viennent nous stopper: il s’agissait de Brok le garde du corps qu’ils avaient engagé faute de golem, il était pratique pour atteindre et fouiller plus facilement les ruines Rochenoires. L’ogre semblait plutôt bien dressé et  bien plus intelligent que ceux d’Azeroth (bien que ce ne soit pas un grand exploit). Nous étions méfiants mais il a su se montrer talentueux lors de nos combats.
L’un des enjeux du groupe était de trouver une route pour faire passer un char d’assaut: Bien plus que dans notre monde la cartographie est quelque chose de très changeant, les montagnes bougent au gré des guerres et les bosquets se baladent. Mon projet initial était de prendre de la hauteur avec de grands ballons, or il y avait un large défaut contre l’utilisation de ce transport pandaren : le dard des insectes locaux peut s’avérer bien plus tranchant que des lames d’acier. Nous dûmes nous contenter de prototypes expérimentaux trouvés dans les ruines, des fusées prévues pour permettre un déplacement aérien facile et sans Rylakk. Même les orcs n’en voulaient pas chez eux et les avait gardées juste comme munitions; je ne sais pas ce qui m’a pris de les utiliser pour notre repérage…
La première fusée explosa quelques secondes seulement après son envol, propulsant son conducteur à plusieurs mètres dans la mer. Ce n’était pas concluant. Après quelques calibrages et beaucoup d’insistance pour trouver deux autres pilotes, nous arrivâmes à les faire voler pendant une minute entière dans la région! Après avoir décoincé le premier pilote de son arbre et repêché l’autre nous arrivâmes à établir un plan général du biome proximale. L’ouest était très montagneux et hébergeait un très large village d’orcs primitifs, le sud regorgeait d’imposantes ronces et de bosquets qu’on ne pourrait pas percer. Il ne restait plus que la voie sud-ouest, sur les bordures de l’empire botanique où l’emprise végétale n’est pas très forte. Les sombrefers avaient confectionné de quoi traverser rapidement la forêt, notamment grâce à leur magnifique char-bélier-tout-terrain-cracheur-de-feu. Ils insistèrent pour que ce soit moi qui dirige l’appareil car je suis un gnome, hydromancien qui plus est, ce qui est utile dans un appareil qui surchauffe.
Malgré les commandes contre-intuitives de la machine je pu mener cap plein sud. Le groupe poussa héroïquement le char pour lui faire passer une pente forte ardue, nous permettant d’atteindre le « petit bois ». L’ambiance nous semblait assez oppressante, sitôt étions-nous entré que la forêt s’agitait contre nous pour se battre, sortant ses propres racines, nous entravant et nous étranglant très violemment! En un rien de temps le signal de notre invasion fut communiqué ailleurs, probablement de racine en racine.
Il arrivait des créatures végétales par tout les bords, nous devions lutter pour ne pas être encerclés dans la minute! Le groupe se défendit ardemment contre les nombreux protecteurs boisés rendus imprévisibles par leur immense diversité; l’on trouvait même des orcs dans un état végétatif (dans le sens de Draenor, c’est-à-dire possédé, violent et empoisonné). Dans ce court instant de chaos j’éjectais autant de gerbes enflammées que possible, le large brasier permis d’occuper nos adversaires pour percer dans leur défenses.
Nous avions ainsi atteint un étrange bout de terre totalement infertile, les plantes semblaient éviter le lieu et ne tentaient même pas de nous y poursuivre. L’emplacement était totalement sec, corrodé par l’effet très connu de la sulfo-salinisation des sols; non loin se trouvaient de larges bassins de sulfosels toxiques et leur propre biome. Rien que respirer cette substance était une sensation désagréable, le groupe eût à valdinguer aux maigres passages rocheux laissés par le hasard, arpentant des chemins alambiqués, escaladant les plus larges rochers pour ne jamais toucher ce curieux liquide. Hélas, la chose fut bien plus compliquée lorsqu’il s’agissait de passer le char : Bien que les sulfosels du bassin ne menaçaient pas sa structure métallique, les plantes saumâtres qui s’y sont adapté l’agrippaient d’une manière ferme de leur lianes. J’accélérais pour libérer la machine de leur emprise dans un énorme vacarme, mais le boucan attira une hydre proche. L’effroyable créature massive se mit à courir en direction de notre groupe, chacun de ses effroyables pas était comme un large tremblement de terre. Quelques téméraires unirent leurs forces en l’attaquant ensemble pour permettre la fuite, mais même l’ogre Brok par son imposante corpulence ne pu offrir une longue résistance.
Moi, je n’allais toujours pas assez vite, le char trempait encore dans les bassins, bloqué en tous points sans pouvoir bouger. Je commençais à perdre autant le contrôle que l’espoir, les nains hurlaient dehors… Ils me disaient qu’il fallait de toute urgence appuyer sur le bouton rouge, un grand interdit de la culture gnome… J’ai hésité un long instant mais j’ai finis par le faire faute d’une autre idée, relâchant d’énormes flammes à l’arrière du char. Le sulfo-sel étant hautement inflammable, une large explosion se déclencha soudain et propulsa la machine à une vitesse ahurissante!  L’hydre fut ainsi percutée d’une façon clairement brutale !
La machine finit enfin par s’écraser plusieurs lieux à l’ouest en provoquant un énorme incendie sur tout son passage. J’essayais de mon mieux d’éteindre les flammes qui prenait à l’aide de ma magie, mais j’étais comme une gnugget de Gnomeregan prête-à-rôtir dans un four. La sortie était totalement bloquée, la machine entourée par tous les points, je ne pouvais plus fuir d’ici. Petit à petit je commençais à perdre conscience de ce qui m’entourait, j’asphyxiais.
Le groupe accouru au plus vite en suivant l’imposante fumée, venant se battre contre les nombreux Botanis et me libérer de cette machine. Un passage que je ne saurais conter en détail car j’avais perdu connaissance… Cependant après avoir été réanimé, je pu voir toutes ces blessures, toutes ces traces de la cruelle bataille dans notre fuite de ce lieu désastreux, nous eûmes à nous réfugier dans les hautes montagnes loin de toutes ces plantes vivantes.
L’ogre semblait mieux reconnaître le territoire hors de la jungle, il nous amena en direction de grottes habitables vide de grands dangers. Elles étaient jadis habitées par d’autres créatures peu avancées technologiquement,  nous ignorions ce qu’il leur est advenu. Bien que nous ayons accepté d’y passer la nuit entière, quelque chose clochait…. Nous étions sur nos gardes en scrutant ce que ça pouvait être… Il y avait bien quelque chose, mais quoi?

— Suite dans le prochain numéro —