Demoiselle O’Hara,

 

Quand je vous vois, je tombe dans l’émoi

Quand je vous lis, je sors de l’ennui

Quand je vous entends, c’est un enchantement

Vos mots me plongent dans l’ivresse

Ils sont pour moi, la plus douce caresse

Je m’imagine alors, être le fin papier

Que de votre plume, vous illuminez

La splendeur de votre verve, me fait dresser la verge

De votre teint cuivré se dessine une saveur sucrée

J’imagine nos mains, jusqu’au petit matin

Savourer vos cris, ce petit paradis

S’avouer vos silences, telle une récompense

Il n’y a plus que vous, j’en deviens vraiment fou

Jamais je n’ai osé, encore vous aborder

Mais le jour viendra, j’en suis persuadé

Je passerai le pas, de cette porte rêvée

Pour écrire dès demain, un splendide destin.

 

L’amoureux

 

 

 

 

Monsieur l’amoureux,

 

Laissez-moi me présenter, Neutrogénie Fulmitroggène. Je travaille au Garnement en tant que responsable impression et coordinatrice Hygiène et Santé au Travail (HST). Je sais, vous êtes sans doute déçu que ce ne soit pas Dame O’Hara qui vous réponde, mais elle est, depuis la réception de votre missive, dans l’incapacité latente de le faire. Mes compétences sociales et interraciales étant peu développées – et son facies exprimant dans le même instant un rire et des larmes à chaque fois que nous abordons votre sujet – je ne peux vous informer avec exactitude et fiabilité de son ressenti sur votre tentative d’approche pré-coïtale.

 

Evidemment, je salue votre engagement. Des quelques sujets humains que j’ai pu observer jusqu’alors, ils ont tendance à initier le coït sur des instincts primitifs qui relèvent, à mon sens, du sacrilège : prenez l’exemple du recours à l’alcool – substitut de désir qui détériore même les cervidés les plus efficaces – qui désinhibe outrageusement, faussant ainsi toute tentative d’analyse sérieuse de compatibilité sexuelle, mais surtout, de la capacité génétique à engendrer une génération saine et intelligente.

Certains utilisent l’alcool comme un moyen de paraître plus beaux, plus extravertis, imaginant ainsi apparaître sous leur meilleur jour comme compagnon de coït potentiel. Dans 61% des cas, cependant, c’est l’effet inverse qui en découle : il n’y a que celui qui boit qui pense être plus désirable. Pour vous communiquer une information toute à fait exact, dans les 39% restants, le coït est initié uniquement car le partenaire potentiel est lui aussi soumis au même effet narcotique.

Anecdote qui vous sera d’ailleurs particulièrement utile : sachez que la surconsommation l’alcool est l’un des quatre principaux facteurs engendrant une perte de résistance au stress. Selon les derniers chiffres dont nous disposons, établis sur un échantillon représentatif composé à 99% de gnomes, elle serait responsable de 21% des accistress. (Les accistress sont, comme leur nom l’indique, des accidents liés à une pression soudaine et forte, qui plonge le sujet dans un état de folie et de non rationalité pouvant aller jusqu’à l’ignominie, NDLR.)

 

Pour en revenir à nos moutons – et dans votre cas précis, il est peu fourni en laine –  je salue donc la tentative d’approche par la plume, qui dévoile une volonté de compatibilité sentimentale via l’intérêt commun pour l’écriture et la poésie. Deux pratiques, artisanat et art, qui sont dépourvues de toute utilité, mais semblent demeurer des piliers de moralité et des garants de l’humanité aux yeux de nombreux peuples.

Cependant, je souligne quelques maladresses latentes, qui me font me questionner sur votre potentielle catégorisation en « face de troll » :

 

–          L’évocation de vos parties génitales dans un poème (ou les évoquer tout court) : s’il s’agit sans aucun doute d’un facteur de choix important dans la sélection d’un reproducteur sain et à la génétique porteuse, parler librement de votre appareil reproductif risque sans aucun doute de se retourner contre vous. En effet, vous risquez d’être catégorisé en pervers, en orgueilleux ou en complexé. J’ignore quelle catégorie est la pire.

 

–          L’utilisation d’un vocabulaire inadapté : une plume ne peut « illuminer » du papier. Le gratter, tout au plus, ou encore le lien entre « un teint cuivré » et « une saveur sucrée ». Je n’ai qu’une maîtrise courante du commun, et pourtant, je sais qu’on utilise plutôt les métaphores épidermiques suivantes : « teint olivâtre » qui fait référence à un met salé et amère. « Teint cuivré », qui fait référence à un métal (donc qui ne s’ingurgite pas, tout comme le nickel et le zinc). Au contraire, un « teint de pêche » aurait pu être adéquat, mais il fait en général référence à un épiderme pâle et épuré, critères auxquels ne répond pas Dame O’Hara.

 

Si je peux donc me permettre un conseil, c’est de venir vous présenter en personne aux locaux du Garnement afin de rencontrer la rédactrice du Garnement. Qui sait, peut-être que de la voir de près éteindra en vous tout désir coïtal et romantique, ou encore – si vous avez la chance de répondre aux critères de beauté humaine et d’avoir un visage à la symétrie avancée – de potentiellement plaire à Dame O’Hara.

 

En attendant de vous rencontrer, je vous adresse, monsieur L’amoureux, les salutations d’usage.

 

Que votre journée soit davantage productive.

 

Neutrogénie Fulmitroggène.

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