Dans le cadre des élections au poste d’Evêque de l’évêché de Hurlevent, voici l’entretien réalisé avec le Père Bugli Brave-Tempête, candidat à l’élection ! Découvrez sans attendre ses propos !

 

1. Quel âge avez-vous ? Où êtes vous né ?

 

J’ai 172 ans. Je suis né au beau milieu des montagnes de Khaz Modan, dans une petite maison isolée qu’avaient bricolée mes parents à l’abri du monde.

 

2. Où et comment s’est déroulée votre enfance ? Comment étaient vos parents ?

 

Mon enfance a plutôt été heureuse, simple et sans trop d’embûches. J’ai n’ai pas reçu une grande instruction, hormis celle que mes parents et la nature m’ont enseignées. On vivait sans trop se poser de questions, on se trimballait de pièges en collets, de vallons en montagnes, on se cachait des pillards et on se préservait des autres nains. Mes parents étaient des vendeurs de peaux. On descendait une fois par semaine dans la vallée, et on allait vendre nos marchandises dans quelques villages. J’avais l’interdiction de parler avec les habitants. Ca ne m’a pas traumatisé, mais j’en ai souffert un peu… Souffert de ne pas vraiment connaître d’où je venais. Il faut dire que j’étais un peu couillon, comme tous les jeunes qu’essayent de trouver leur place à la lumière d’un groupe bien codifié.

 

Ma mère était une Barbe-de-Bronze, et mon père un Marteau-Hardi. Ils se sont rencontrés quelque temps avant la guerre des Trois-Marteaux. Cette fameuse guerre, il ne l’ont pas faite, heureusement d’ailleurs, tant cette lutte fratricide était stupide. Ils l’ont fuie tous les deux afin de pouvoir vivre leur passion, sans être enquiquiné par les qu’en-dira-t-on. Oui, des déserteurs. Mes parents m’ont toujours causé de ce choix comme un acte de bravoure… C’en était peut-être un, mais plus jeune, qu’est-ce-que je leur en avait voulu, à mes vieux… Voulu de ne pas être dans une petite case, bien rangé. Barbe-de-Bronze, Marteau-Hardi, j’étais rien de tout ça. Ils m’avaient élevé en me disant que j’étais juste Bugli, et que ça suffisait déjà bien pour eux. Qu’il n’y avait pas besoin de plus pour m’aimer. Et puis j’ai grandi. J’ai aimé à mon tour, et j’ai compris. C’est peut-être de là que je tiens mon goût pour la tendresse et le non respect de certaines conventions, quand d’autres préfèrent se la raconter dans des bas de soie.

 

3. Comment en êtes vous devenu à devenir paladin ? Qu’avez-vous fait durant les guerres (lesquelles, quand, comment.. )

 

Hunn, mon père s’est fait tuer par les orcs du clan Gueule-de-Dragon près de Dun Algaz. Ma mère étant morte quelques années auparavant, je me suis donc retrouvé seul, sans famille, sans plus rien. J’avais la fougue de la jeunesse à toujours vouloir faire mon intéressant et prouver que je pouvais être utile. Le mors aux dents, comme on dit. Libéré de mes devoirs familiaux, je me suis donc engagé à la toute fin de la Deuxième Guerre. Ca n’a pas toujours été facile, ça je peux vous le dire. Le bleu que j’étais n’était pas très à l’aise avec les règles. Moi qui avais toujours vécu dans la nature à répondre aux seuls ordres de mes parents, je le sentais passer le changement ! Heureusement qu’un chevaucheur de griffon, du nom d’Yrstad Briséclair, m’a pris sous son aile à ce moment là. Plus qu’un ami, il a été comme un père de substitution dans cette deuxième famille qu’était l’armée. J’ai ensuite embrassé la Lumière comme une accident. Elle m’a repêché quand j’étais au plus mal, et ce n’est qu’à ce moment là, après s’être tournés pas mal autour, qu’elle est devenue comme une évidence. Après, durant des années, j’ai poursuivi ma carrière comme aumônier militaire à secourir les blessés sur les champs de bataille.

4. Comment avez-vous rencontré votre femme ? Comment cela se passe avec t-elle et votre fille, que pensent-elles de votre motivation à venir ici et à devenir Évêque ?

 

Les questions deviennent de plus en plus privées ! Et puis, je vais avoir un problème à vous dire la couleur de mon caleçon… vraiment pas sûr que ça intéresse les gens de savoir tout ça. Ni d’ailleurs dans quelle circonstance j’ai roulé le premier palot à ma bonne femme. C’est que je suis pas du genre à jeter mes proches en pâture ! Je suis quelqu’un de pudique. Pour répondre tout de même un peu à la question, je l’ai rencontrée à Forgefer lorsqu’elle faisait ses classes. Elle est aussi de la maison. Du coup… C’est plus facile pour excuser mes nombreuses absences. La compréhension dépasse le manque.

 

5. Pourquoi voulez-vous devenir Évêque ? Pourquoi Hurlevent ?

 

Quand j’étais petit, je ne rêvais pas de devenir Évêque… Il y a encore quelques mois, non plus. Heureusement pour moi, ma vie ne se résume pas à une fonction ! Il faut savoir vivre pour aimer les autres et oeuvrer pour la Lumière. Sinon, comment éprouver de la Compassion sans empathie ou du Respect sans compréhension.

Donc pour résumer, cette envie m’est apparue naturellement, comme un constat. Modestement, je vois cette candidature comme un moyen d’aider encore mieux que je ne le fais. Je ne le fais pas pour la pompe, ni pour qu’on m’appelle « Monseigneur ». Ca me ferait bizarre d’ailleurs… Pour moi, Monseigneur, c’est avant tout une sorte de pince ! Non, très sincèrement, je vais vous dire que c’est pour avoir le poids nécessaire pour mener à bien ma mission. Pouvoir jouer à armes égales avec les autorités afin d’aider au mieux mes confrères dans leurs combats et être le porte-voix de ceux qui n’en ont pas.

 

Pourquoi Hurlevent ? Car mon histoire m’a fait résider aux Carmines avec ma famille. Il n’y a pas de plan de carrière. Pour une fois, celui qui n’avait pas de patrie en avait peut être trouvé une d’adoption. Ce n’est pas tant la terre sur laquelle on est assis qui définit notre maison, mais les gens avec qui on se sent bien. Et j’ai tout de suite été adopté par nombreux d’Hurleventois. Puis, il y a tant de choses à faire ici, dans la capitale de l’Alliance…

 

6.  Récemment, dans le Garnement, nous avons lancé un appel à témoin portant sur la recrudescence des injures et des agressions sur les peuples alliés de Hurlevent. Ne pensez-vous pas qu’un Évêque nain puisse poser problème parmis les fidèles ?

 

Celle là, je m’y attendais ! Tout d’abord, pour les injures et les agressions raciales, je n’ai pas de mot assez fort pour dire à quel point ce comportement me met les glandes. A ce stade, ce n’est même plus de la tristesse que je ressens, mais un sentiment d’injustice. Que des petits malins trouvent bon de profiter de la guerre pour assouvir leur soif de méchanceté et de bassesse est quelque chose de profondément intolérable. Dans l’Alliance, différents, nous le sommes tous. C’est ce qui fait notre force ! Comment aurions-nous fait durant la Deuxième Guerre sans les sous-marins gnomes ? Les chevaucheurs de griffon Marteau-Hardi ? Et que dire des Draeneis avec qui nous partageons certains enseignements de la Lumière ?

 

Pour ce qui est de ma candidature, j’ai conscience que par certains aspects, elle attise certaines haines qui dormaient alors, paisiblement, dans certains d’entre nous… Mais est-ce une raison valable pour abandonner ? Au contraire. Quel combat pourrait mieux définir nos Trois Vertus si ce n’est celui-ci ? Nous devons le Respect envers nos alliés quels qu’ils soient, la Compassion pour les opprimés, qui à cause de leurs différences se font persécuter et surtout, la Ténacité afin de tenir bon, rester droit et jamais courber le dos face aux insultes et aux pressions visant à faire taire les minorités. Je ne veux pas être élu parce que je suis un nain, mais je ne veux pas perdre non plus pour ces mêmes raisons. Ce n’est pas notre race qui fait la personne que nous sommes, mais notre personnalité et nos qualités. A ça, je pense du fond du coeur, que la Lumière s’en fiche pas mal que je mesure moins d’un mètre quarante.

 

7. Quels sont les pouvoirs que doit détenir un Évêque, selon vous ?

 

On pourrait me taxer de m’occuper que des pauvres gens, des loubards et des putains et me dire : « ouais, c’est bien beau Bugli, mais tu dois aussi nous représenter, nous les curés de la Cathédrale, et faire quelque chose pour nous et la Lumière! » Mes confrères auraient raison. L’un ne doit pas empêcher l’autre.

 

Cependant, je ne vais pas me lancer dans une grande liste indigeste, juste pour épater la galerie. Un Évêque a les pouvoirs qu’on lui donne. Nous tous. Si personne ne croit en son mandat, alors il ne sera personne, juste un « Monseigneur » de plus en vadrouille, un fantoche. Pour que tout fonctionne, il doit être légitime même auprès de ceux qui n’ont pas voté pour lui. Respecté pour ses actes et son ouverture. Néanmoins, ce n’est pas pour autant qu’il doit être démagogue et mollasson. Il doit en imposer, être alerte, et là, oui, là, il pourra prétendre à certains pouvoirs. Il pourra départager, faire autorité auprès de ses pairs, s’affirmer en contre-pouvoir moral de la ville, être l’écho des réclamations et organiser, encourager et veiller à la bonne réussite des différentes initiatives de nos confrères.

 

8. Quelles responsabilités ?

 

Etre élu dans un conclave ne suffit pas. Une fois l’élection passée, il ne doit pas se reposer sur sa fonction sans mettre les mains dans le cambouis et donner l’exemple. Être un guide spirituel, oui, mais pas dans un fauteuil à boire le thé et à faire des courbettes. Il doit savoir prendre son bâton de pèlerin et accomplir le boulot sur le terrain, s’il veut que son pouvoir soit réel. Un Évêque ne doit pas avoir peur de se remonter les manches et mettre le doigt là où ça fait mal. Déclamer de belles tirades sur le parvis ne change rien au cours du monde ; les démons et les pauvres gens victimes de ces guerres s’en fichent pas mal ! Si l’Évêque a pour mission de représenter ses pairs, de se faire le héraut d’une Lumière rayonnante, il doit agir lui aussi.

 

9. Quelles sont vos ambitions pour votre mandat (d’une année ?) et comment comptez vous les appliquer, de manière concrète ?

 

  • Du concret. Des actions applicables dès maintenant. Comme par exemple, veiller à la bonne marche du Refuge de Slei Linvingstone et Trasah Arrington, encore en chantier. Mais aussi, encourager par des efforts matériels et beaucoup d’huile de coude, toutes les initiatives de ce genre. Recueillir et soigner les habitants de la ville doit être notre priorité principale.

 

  • Dans un deuxième temps, je veux que l’on s’occupe encore mieux des prisonniers et de leur réhabilitation. Pour ce faire, il faudrait officialiser les visites que j’effectue actuellement à la prison. Qu’une visite d’un prêtre ne compte pas dans les trois visites journalières comme actuellement. Mais aussi, créer de véritables programmes de remise en liberté que nous faisons déjà à l’amiable avec le Major Karven Stolen. On sait trop bien qu’un ancien prisonnier peut commettre à nouveau ses méfaits s’il ne se sent pas épaulé et guidé. Aussi, pour éviter qu’on remplisse les prisons, il faut continuer la guerre à la pauvreté avec des initiatives telles la Bourse aux Vêtements, les soirées caritatives comme les Feux de l’Espoir qui servent à alimenter les missions dans les territoires en périphérie de la ville, des maraudes et des soupes populaires.

 

  • Nous avons le devoir d’aider ceux qui sont à nos portes. De faire en sorte d’accompagner le gamin des rues pour qu’il devienne écuyer, puis chevalier, ou tout simplement artisan si les armes ne lui conviennent pas. Rapidement, des noms me viennent en tête, comme le petit Lann’ ou Sora. Ils n’avaient besoin que d’un tout petit coup de pouce pour s’en sortir. Parlons des autres, des gens, des habitants au lieu de nous sonder le nombril ! Il est difficile pour les gens comme nous – je m’inclue chez ceux qui démarrent avec très peu de cartes en mains – de s’extraire de sa condition première. Pour en sortir, il faut casser la porte. Il n’y a pas de « si on veut, on peut ». Laissons ça aux belles histoires remplies de héros courageux. La vie est différente, elle est faite de belles rencontres et de mains tendues. On n’arrive à rien tout seul.

 

  • Aussi, une des ambitions les plus importante est d’aller vers les croyants et les habitants. Tendre la main aux autres, se mettre à leur hauteur. Qu’on ne nous voit plus jamais comme des plots, bien rangés sur les marches de notre cathédrale, inatteignables ou paradant. Cela n’a aucun sens. Nous ne sommes pas les vigiles de chez Doubhée. Nous sommes ceux qui nous penchons pour soulever ceux que la vie a fait ramper. On doit effacer la distance que certaines personnes éprouvent vis à vis de nous. Malgré ce qu’on peut entendre, on ne tire personne vers le haut en utilisant de belles formules et en exhibant nos titres. On se fait juste passer pour hautains. Oh je vous vois venir ! Je ne veux pas que tout le monde s’habille en haillons et se mette à jurer comme un charretier ! Entendons nous bien. Je veux juste plus d’humanité et de tendresse. Un homme qui n’est pas tendre, ce n’est pas un homme, c’est un bâton. Un être qui ne pleure pas, n’existe pas, c’est une planche. Faut-il être égoïste pour ne jamais pleurer ! Que ce soit de tristesse, de joie ou de colère !

 

10. Qu’avez vous pensé du Synode ? Comment faire pour que les différents ordres religieux dialoguent plus entre eux ?

 

Le Synode, même s’il a été pénible pour beaucoup d’entre nous et que son efficacité reste à prouver, à été une bonne chose. Ça a eu au moins le mérite d’exister. Nous ne pouvons pas faire la fine bouche et bouder les initiatives visant à nous sortir de l’immobilisme. Conspuer le Synode, c’est aussi discréditer ce conclave qui n’en est que le prolongement, la suite. Et pourtant, la Lumière m’en soit témoin, je n’ai pas toujours été tendre avec ces réunions ! Mais quand on râle contre quelque chose, on doit tout faire pour arranger cette même chose. Proposer, donner un coup de main et être constructif, c’est le devoir de l’opposition. Naturellement, s’y rendre et y participer, est déjà un bon début…. Mais surtout, comme pour les différents ordres qui nous composent, on doit être compréhensif. Ne pas brandir l’Histoire comme un couperet qui nous ferait nous diviser, comme nous l’avons vu lors de ce Synode. Avec ce que nous voyons au dessus de nos têtes et la guerre faisant rage sur Argus, l’heure n’est plus à une guéguerre de théologiens ou de vieux bouquins. Ce qui compte, c’est ce que nous faisons maintenant, dans notre ville, afin d’aider au mieux ceux qui ont peur et qui subissent, indirectement ou non, les affres de la guerre.

 

11. Qu’en est-il de la crise de la foi des fidèles ? Quelles sont vos mesures pour les faire revenir dans les Églises ?

 

Comme je l’ai dit précédemment : ne pas construire un mur invisible entre les fidèles et nous-mêmes. Les citoyens doivent participer à nos missions et non plus être passifs, assis à écouter de longues messes. Même si je n’ai rien contre celles-ci, nous devons être dans la cité. Pas en dehors dans notre bulle de confort et de protocoles ronflants. On n’acquiert pas la sagesse en se mettant à distance des autres et en restant isolé du monde. On acquiert qu’une certaine forme de supériorité malvenue et beaucoup d’aigreur.

 

12. Quelles relations avec la Chancellerie et le Guet Urbain ? Que pensez-vous des élections à venir d’un nouveau Chancelier ? Pensez-vous qu’il faille développer davantage le travail de la Cathédrale de la Sainte Lumière en lien avec d’autres organes politiques ?

 

J’ai de bons contacts avec la Chancellerie et le Guet Urbain. Certains d’entre eux sont même devenus des amis. Je pense qu’il est vital d’élire un nouveau Chancelier pour la ville. Outre le fait que l’actuel, Khassim Al’Rakim, représente la Croisade Écarlate, il paraît avant tout usé par sa fonction tant nous le voyons le regard dans le vague, face à la mer. C’est pour cela que je m’engage, si je n’ai plus la force de porter mon rôle comme il se doit, de démissionner et de laisser la place à d’autres, plus compétents et plus frais. Un poste de cette fonction est un devoir, et non pas un cadeau. Si l’on ne s’en trouve plus digne, ou du moins pas assez, il faut savoir laisser son égo de côté et céder sa place. Dans ce sens, je pense qu’il faut développer davantage le travail entre les différentes institutions de Hurlevent. Il n’y a que de cette façon que les choses bougeront de manière concrète et durable.

 

13. Si vous avez un mot à faire passer aux lecteurs, qu’ils votent ou non, c’est le moment !

 

Méfiez-vous des belles promesses. Méfiez-vous aussi des jolies mots enfilés comme des perles. Ne faites pas attention aux jeux politiques, ne soyez pas dupes. Faites attention à ceux qui veulent votre bien subitement. Voyez ce qui a déjà était fait, et surtout ce qui n’a pas été fait, malgré les beaux discours qui vous diront le contraire. Ecoutez votre coeur et vos intuitions.

 

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Entretien réalisé de manière épistolaire du Père Bugli, candidat au poste d’évêque de Hurlevent. L’entretien n’a pas été modifié ou coupé, réalisé par Mairi Elisabeth O’Hara.

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