Lorsque Martha Bauregard se présente à vous, c’est avant tout sa prestance qui vous marque. Vous la qualifiez de Dame plus que de femme, car elle en représente, pour un esprit un peu caricatural, l’ensemble des caractéristiques. Dans la force de l’âge – vous n’avez aucune envie de lui demander son âge ! – la taille est moyenne, la stature fine et les yeux d’un marron qui sait sans doute se faire tour à tour chaud ou glacé. La tenue est apprêtée, coquette, de bonne qualité sans aucun pli de côté. Le cheveux est blanc neige, parfaitement coiffé. Les bijoux présents mais discrets, et un monocle, retenu par une fine chaîne en or, orne son oeil droit.

Si Matha est née à Stormgarde, elle a passé l’essentiel de son enfance et de son adolescence dans la cité pourpre. Issue de l’union d’un mage – les chiens font rarement des chats – avec une tisserande. La famille Bauregard quitte très vite une Stormgarde peu encline à la magie pour s’installer à Dalaran. Là bas, la vie est paisible, mais étroitement surveillée. Martha marche dans les pas de son père, suivant un cursus somme toute classique à l’académie de Dalaran pour ses classes élémentaires et préparatoires. Elle se spécialise ensuite en enchantements, voie ardue mais qui permet de s’imprégner de toutes les autres magies, et ainsi d’assouvir une curiosité qui ne semble pas avoir quitté son regard expressif. La guerre la rattrappe cependant bien vite, et forgera ce qu’est aujourd’hui Martha Bauregard. Elle intègre le Kirin Tor lorsque Dalaran est attaquée par les orcs et le fléau, voyant tomber ce père qu’elle semble désormais mieux comprendre aujourd’hui que de son vivant. Le Kirin Tor, elle le sert pendant plusieurs décennies : elle descend à Hurlevent accompagnée de Georges, son époux, majordome d’une ancienne comtesse de Stormgarde, et de ses deux enfants. Si la ville devient très vite une sorte de “quartier général”, elle n’y met que peu les pieds, appelée sur divers fronts, rejoignant notamment Dame Portvaillant en Kalimdor.

 

De “quartier général”, Hurlevent deviendra son “chez elle”, sa ville de coeur. Celle où grandit et évolue sa famille, qu’elle ne voit que peu. Si elle est tiraillée entre devoir et famille, elle ne le montre pas, et se plie avant tout à ce que l’on attend d’elle et de ses capacités. Elle ne quitte d’ailleurs le Kirin Tor que l’année dernière, après trente ans de bons et loyaux services. La raison de ce départ ? La tolérance du Kirin Tor envers les Sin Dorei, dont certains se baladent librement dans les rues de la capitale. Elle a d’ailleurs “réglé le problème à sa façon”, ce qui lui valu un casier judiciaire. En évoquant l’affaire, ses yeux se plissent et son regard se fait ombrageux. Visiblement, la Dame digère mal cette histoire, à juste titre, sans doute, pour qui a été une citoyenne exemplaire pendant des années.

 

Aujourd’hui, Martha est professeur d’enchantement à la Tour des Mages de Hurlevent. Elle est séparée de son époux suite à la dramatique disparition de sa fille, qui usa de magie interdite. Cette disparition cause sa séparation, et Martha veille aujourd’hui sur son fils Grégoire, anciennement garde à Comté du Lac, qu’elle fait rapatrier à Hurlevent avec la nouvelle menace de la Légion.

 

Hurlevent, elle semble l’observer sans ambages. Son visage se fait le reflet de ses émotions, écho d’un regard brillant d’intelligence. Elle aime cette ville qui est devenue son foyer, appréciant de s’en moquer comme l’on en ferait d’un vieil amant que l’on ne connaît que trop bien et avec qui on survécu aux premières rides : avec humour mais une affection certaine. Elle explique ainsi, le ton doux et l’émotion perceptible que “Hurlevent est une ville vivante. Elle respire, elle crie, et parfois, elle saigne”. La ville a affronté tant de menaces, et si Martha estime que la menace

que représente Argus est sous-estimée (elle a d’ailleurs signé la pétition d’Allifeur Tournepignon), elle a confiance en les hurleventois pour faire face à l’adversité. “Jamais elle (Hurlevent, N.D.L.R) ne se déchire complètement. La solidarité ici est pudique, mais elle existe”.

 

Martha Bauregard observe donc sa ville mais n’est pas pour autant simple spectatrice. Elle s’intéresse à tout ce qui touche à la vie des hurleventois, s’intrigue de la politique comme des rumeurs des bas-fonds. Derrière ses manières aussi bourgeoises que franches se cache donc une Dame à la poigne de fer dans un gant de velours, qui n’apprécie que peu le superflus et les bonimenteurs, et qui se battra sans aucun doute jusqu’à son dernier souffle pour ses convictions, dont la première demeure la pérennité de la ville et du Royaume.

 

Mairi Elisabeth O’Hara

 

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