C’est par une soirée pluvieuse que nous nous retrouvons à la brasserie Barbe-Antique, à Thesalmar, juste en face de l’auberge de la Fortebière. Tout s’était décidé l’après midi-même, et c’est en bande que nous débarquons en terre naine. La brasserie est imposante, dans cette architecture typique et immuable, réconfortante face à un vent capable de décorner un bœuf.

Grimli Barbe-Antique, tenancier de l’établissement, nous accueille avec chaleur et nous propose différentes formules de dégustation. Cela va du « simple », qui consiste à déguster des petites quantités d’une multitude de bières, au « luxe » : de grandes quantités,  et le nombre de bières ne change pas. Évidemment, la dégustation s’accompagne de mets typiques, qui ont pour eux – et sans aucun doute dans une optique salvatrice – d’être de plus en plus consistants à mesure que l’on monte, si ce n’est en gamme, mais en nombre de degré d’alcool que contiennent les bières. Un peu naïvement et de manière forte peu stratégique, j’ai attaqué franchement l’apéritif à base de pain, fromage et charcuterie (dont des brochettes que je vous recommande vivement), calant quelques heures plus tard face à l’imposant cochon de lait.

Mais revenons-en à nos moutons, ou plutôt, à nos bières. Etant clairement inculte en la matière, cette dégustation m’a permis de découvrir qu’il existait autant de bières qu’un dandy hurleventois aurait de chapeau haut-de-forme : beaucoup.

Chaque met était accompagné d’une bière particulière. Difficile de savoir si en l’instant, c’était la bière qui accompagnait la pitance, ou la boustifaille qui accompagnait la bière. Grimli et son assistante Natally Fiermartel, dans un professionnalisme impeccable, nous expliquaient les particularités et la provenance de chaque bière. J’en ai retenu certaines, notamment la Lichette des mines, ou encore la Miellée de Thesalmar, inventée pour abreuver les fiers montagnards du même nom, dont les épices – un mélange de miel et d’écorce d’orange – demeurent sur les palais les moins affûtés et trottent dans la tête pendant un moment. Que dire de l’ambrée qui répond au nom de Délicieuse Pècheresse ? Servie dans des verres glacés, elle est aussi légère que pêchue, c’est le cas de le dire. Traîtresse aussi, car on y retourne souvent.

Ma préférence s’arrête sur la Delirium Antique, une bière aussi forte que emblématique de la Brasserie Barbe-Antique. Les saveurs sont complexes : poivre, clous de girofle, pomme et agrumes… Un délice, mais je m’arrête là. Grimli Barbe-Antique saura bien mieux vous en parler que moi.

Je terminerai donc ce court récit par ce qui fut le clou de cette soirée (que par ailleurs, en humains peu habitués à tant d’opulence, nous n’avons pas pu terminer), à travers la dégustation du fameux Gurdol, un spiritueux – sans aucun doute le plus réputé, et à raison – réservé aux plus courageux (ou téméraires, selon si l’on est un éternel optimiste ou un franc imbécile). Ne doutez pas une seule seconde que le Garnement y soit passé. Prévenant, il ne détaillera pas ce qui s’est passé une fois la première gorgée avalée… Mais cela vaut le coup, quoi qu’il en soit.

 

Une adresse forte sympathique, un accueil chaleureux, et surtout une maîtrise des bières qui fait penser que les Barbe-Antique ne sont pas brasseurs depuis des générations pour rien.

 

Il semblerait qu’une nouvelle adresse Barbe-Antique ouvre bientôt ses portes, en lieu et place de l’ancienne auberge de Comté-du-Lac. Elle porterait le nom “d’Auberge du vieux Renard”.

 

 

Mairi Elisabeth O’Hara

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