Satya Sombreval à la petite trentaine. Grande, le cheveu acajou, la peau pâle et de grands yeux noirs expressifs, elle représente une beauté qui, malgré sa musculature, demeure presque fragile, proche de la porcelaine, avec pour seul signe distinctif une rose à l’encre noire tatouée, dans le cou.

 

Nous la rencontrons à Dalaran, un “territoire neutre”, qui se situe à mi-chemin entre Ruissecôte, bastion de la Maison Roncesang, et notre capitale, dans laquelle Satya refuse de mettre les pieds, craignant – sans doute à raison – pour sa vie.

 

La vie de Satya est d’ailleurs complexe, suivant une multitude de rebondissements complexes et de drames. La femme a souffert, et si sa pudeur lui dicte de ne pas s’épancher sur le passé, celui-ci rôde en permanence dans son regard encre, non dépourvu de tout nuage.

 

Ce passé agité commence par une tempête alors qu’elle n’est qu’une enfant, lors du soulèvement des maçons. La jeune Satya est alors séparée de son frère par la foule, et se retrouve à vivre en autarcie auprès d’une famille d’adoption, dans une ferme en Elwynn. Elle ne retrouvera Maldan que bien des années plus tard, à la fin de l’an 36, lorsqu’elle entend parler de ce village récemment libéré, Havrefiel. Satya est alors devenue une sorcière des moissons, ou du moins, elle en développe la majorité des talents, ayant sans aucun doute la main aussi verte que celle d’un gobelin ou d’un orc.

Elle rejoint donc Havrefiel, et y retrouve son frère. Là bas, elle fait sa place en tant que “libératrice”, bien qu’elle excelle davantage dans la préparation de baumes et la médecine qu’une lame à la main, le poste de guérisseur étant alors occupé par Deborah Cinestra.

 

Selon ses dires, Havrefiel ne ressemble alors que peu à l’image que ses dirigeants tentent de dépeindre. Derrière les libérateurs se cacherait en effet une “Confrérie d’assassins”, qui répond aux ordres de Maldan Sombreval et ressemble par ses idéaux et ses méthodes à ce que fut l’ordre des Défias durant ses jours les plus glorieux. Satya est mise au parfum, formée par les guerriers de son frère, dont les motivations semblent basées avant tout sur la vengeance, celle de la disparition de leur mère pendant le soulèvement des Maçons, dont il accuse la noblesse d’Hurlevent d’être l’instigatrice.

 

Mais si Satya partage certains des idéaux de son frère, elle se défend aujourd’hui d’en avoir suivi les méthodes. Elle quitte d’ailleurs la Confrérie, acte qui entraîne, selon elle, la disparition soudaine de l’ancien initié, mais Maldan choisit de lui laisser la vie sauve. Elle s’installe en Elwynn, et utilise ses dons pour créer “Le Verger de Satya”, commerce qui deviendra rapidement prospère, basé sur la vente de fruits et de légumes à Hurlevent et ailleurs. Elle embauche beaucoup, créé des alliances commerciales avec le tout Hurlevent. Elle voit alors cette ascension comme une véritable conquête du cœur des habitants de la ville, voulant changer les choses par les esprits et non les lames. Elle obtiendra d’ailleurs le titre de “Miss Hurlevent de l’an 37”, créant des distensions certaines au sein du jury et des soupçons de corruption.

 

Au printemps, le divorce semble totalement consommé entre le frère et la soeur. Suite à sa capture par des pirates de Gadgetzan, Satya explique qu’elle cherche désormais une sorte de rédemption, s’excusant auprès de ses proches de les avoir manipulés, de s’être laissé aveuglée par cette “conquête” et dévorée par ce passé qui la rattache encore et toujours à ces jours, sombres, du soulèvement des maçons. Elle écrit une série de lettres dans laquelle elle s’excuse auprès d’eux : “vous n’avez été que de simples pion se dans ce projet titanesque (…) la simple paysanne que je suis, était en train de devenir quelqu’un d’important et de reconnue” écrit-elle ainsi, expliquant être prête à se sacrifier elle même dans cette soif de “justice”. Une conquête qu’elle veut, contrairement à son frère, dépourvue de sang, mais qui a elle aussi ses propres dommages collatéraux.

 

Elle se rend d’ailleurs au Guet Urbain avec le seigneur de la Maison Roncesang pour témoigner à l’encontre de son frère Maldan. Celui-ci est emprisonné, mais libéré par la suite, faute de preuves.

 

Nul doute que Satya Sombreval est un personnage complexe, et bien plus adroite dans ses mots et ses pensées qu’elle ne prétend l’être. La Rédaction se garderait bien de dire que ses propos sont véridiques. Mais ils reflètent sans aucun doute une part de vérité, et la femme a eu le courage de venir en parler librement, malgré sa peur des représailles. Elle vit d’ailleurs actuellement à Ruissecôte, et ne semble pas désirer revenir à Hurlevent dans les prochains mois.

 

La disparition de Maldan Sombreval délira peut-être davantage les langues, et qui sait, un jours apprendrons-nous toute la vérité sur ce qui se cachait derrière Havrefiel. Evidemment, certaines personnes, sans doute bien avisées, nous conseilleront qu’il ne faut mieux pas retourner la terre du passé, surtout lorsque l’on en a pas vu la tombe, mais le Garnement apprécie les histoires sous tous les prismes, quitte à prendre quelques risques.

 

Mairi Elisabeth O’Hara