Dans son dernier tract distribué le premier jour de ce mois, le lierre – qui demeure toujours dans l’anonymat – s’est attaqué au Chancelier Al-Rakim, lui reprochant son accointance avec ce qui reste de la Croisade Écarlate, et de fait son incapacité à concilier les moeurs et la doctrine de cet ordre, avec sa fonction de Chancelier des Affaires Urbaines.

Le Garnement s’est penché sur le sujet : question de légalité, de morale, de droit au respect de la vie privée… Voici notre décryptage.

 

Les faits :

 

Le fait que le Chancelier porte le rouge n’est pas une nouveauté. La Rédaction se garde de retracer l’histoire de la Croisade Écarlate, connue par la plupart d’entre-vous. Récemment, monsieur Al-Rakim a pris la parole lors de la deuxième soirée du Synode de l’Eglise de Sainte la Lumière autour du thème “L’ordre des écarlates pourrait-il être hérétique et corrompu au regard des trois vertus ?”. A la suite de plusieurs prises de paroles, dont l’orateur principal fut le Père Brunnus, secrétaire du Conseil des Évêques, le Chancelier pris la parole pour défendre le statut des croisés et inciter à davantage de tolérance à leur égard. A la suite de sa prise de parole, un vote consultatif eut lieu, entraînant la parution le vingt-neuvième jour du dixième mois d’une déclaration des Évêques annonçant officiellement l’ordre des écarlates comme hérétique, et à ordonner de ce fait à ses membres de faire preuve de repentance, au risque d’être excommuniés.

 

Être hérétique, est-ce être hors-la-loi ?

 

Pour Hedera, le Chancelier Al-Rakim, en annonçant officiellement (ce qui était très officieux) son appartenance à l’ordre à travers sa prise publique de parole, est donc considéré comme hérétique depuis la fin du dixième mois par l’Eglise de la Lumière.

Son statut de hors-la-loi dépend lui de l’interprétation que l’on en fait : au sens strict (Article 4 du Code des délits et des crimes), nul doute que celui qui est considéré comme hérétique, c’est à dire qui professe ou soutient des opinions contraires à celle de notre Sainte Eglise, “bafoue” forcément notre “religion officielle” telle qu’elle est décrite dans l’article CR-26 du Chapitre 3, du Code des Délits et des Crimes. Peut-être pourrait-t-on tergiverser sur l’interprétation du mot bafouer : est-ce s’y opposer formellement ? Témoigner du mépris ? Ou être simplement d’une autre religion, qui a de multiple fois été condamnée par notre “religion officielle”.

 

De ce qui relève de la liberté de culte, du privé et du public :

 

C’est sur cette question précise que s’intéresse le Garnement. Le Chancelier pourrait très bien exprimer le fait que rien ne lui interdit d’être écarlate, tant qu’il ne “bafoue” pas la religion officielle. Et la Rédaction, en fervent supporter de la liberté d’expression, d’opinion, et donc de culte, ne pourrait aller que dans son sens. Cependant, monsieur Al-Rakim revêt aussi une fonction publique. Qu’elle soit celle d’un “simple gratte-papier” ou sujette à des enjeux plus importants (visiblement, la question n’a pas trouvé de réponse précise en l’instant), le Chancelier en demeure le principal correspondant en lien avec les Hurleventois, si ce n’est une “figure politique, qui se montre vers le peuple pour faire passer des messages et l’écouter” (Propos tenus par le Magistrat Lynch dans le dernier numéro du Garnement, N.D.L.R). Par sa fonction, le Chancelier aux affaires urbaines a t-il donc le droit de jouir autant – voir plus – qu’un autre, d’une liberté de culte ? Et surtout, si tel était le cas, ne devrait-il pas faire preuve de davantage de réserves sur le sujet, plutôt que d’en exposer les tenants et les aboutissants de manière publique ? Même si l’on se dégage d’une interprétation stricte de la loi, ne pas “bafouer” la religion officielle reviendrait sans doute, dans le cas présent, à ne pas défendre sa paroisse tant qu’on endosse le tabard bleu et or des représentants du Roi.

Quoi qu’il en soit, cette prise de parole cramoisie là où la Lumière règne en maître aura au moins eu le mérite d’être culottée.

Mairi Elisabeth O’Hara