Apparu le dix-neuvième jour du neuvième mois de l’an 37, le mouvement contestataire qui se fait appeler “Hedera” (nom savant relatif au lierre) a lancé une vague d’affichage et de tracts dans la Capitale. Ils accusent “d’immobilisme”, “d’absentéisme” et de lâcheté les membres de la Chancellerie, l’Etat Major du Guet Urbain et les haut membres du Clergé et semblent prôner une refonte du système administratif et de justice, demeurant pour l’instant dans l’anonymat le plus total. Dans ce numéro, nous avons recueilli certains de vos témoignages, publions une déclaration du Chancelier Al-Rakim qui leur est directement adressée, ainsi qu’un article de notre confrère Rislon Milloin, de la Gazette de Hurlevent.

 

 

Dans la soirée du 19 Septembre de l’an 37 est apparue une large opération du groupuscule se dénommant « Nous sommes Hedera » au travers de la distribution massive de tract et de la détérioration de nombreux murs avec des graffitis, et ce sur l’ensemble du territoire. La Garde n’a pas tardé à réagir en faisant enlever graffiti et affiches mais le message avait eu le temps de se répandre au sein de la population : un appel au changement par l’action du peuple. Ceci n’est pas sans rappeler les différentes organisations passées ayant déjà usé de ces procédés afin de mettre en avant leur projet. « Hedera » semble se placer, selon ce message, comme un groupe populaire contre les élites de la société Hurleventoise qui seraient – selon eux – une cause ou des complices de la situation actuelle que ce soit par leur immobilisme ou par une volonté réelle à nuire au peuple.

 

Cet appel au changement se traduit, selon eux, par l’incitation du peuple à agir à l’encontre de l’immobilisme, des abus et de la lâcheté des dirigeants dont la Garde, la cathédrale et la Chancellerie en sont les principaux acteurs. Et pour que ces derniers le voient comme une incitation à la Rébellion (en référence à l’article CR-33 du Codex de Hurlevent), il n’y a qu’un pas.

 

Notre service juridique s’est penché sur les méthodes et discours de cette organisation pour savoir ce que les institutions de Hurlevent pourraient leur reprocher dans le cas d’une réaction musclée des autorités à leur encontre.

 

Délits :

Art. DE-10.1 Atteinte aux bonnes mœurs (<=> Trouble à l’ordre public) via le comportement.

Art. DE-16 Menaces sans conditions

Art. DE-23.1 Publication de journaux ou autres médias allant à l’encontre de la politique du Roy

Crimes :

Art. CR-27.1 Appartenance à divers ordres bafouant le Roy et son Royaume

Art. CR-27.2 Appartenance à divers ordres criminels

Art. CR-33 Rébellion

 

Cette analyse reste discutable puisque selon l’article 4 du Codex de Hurlevent:  « La loi est d’interprétation stricte. » mais que certains articles sub-cités laissent une certaine « liberté d’application » comme l’atteinte aux bonnes mœurs. Les articles CR-27 ne seraient quant-à-eux applicables uniquement dans le cas où « Hedera » est jugé comme une organisation criminelle. Au lendemain de l’apparition du mouvement, la Gazette s’est rendue auprès de Astagan Lynch, l’un des concernés de l’affaire, afin de le questionner et d’obtenir son avis sur ces événements, une rencontre pouvant se résumer à ceci:

 

Rislon Milloin: Dites moi, que pensez-vous de la vague de tract que vient de subir le Royaume ?

Astagan Lynch: Je ne préfère pas me prononcer.

 

La Chancellerie a su faire preuve d’une grande discrétion et retenue quant à sa réaction quant à Hedera. En coopération avec nos collègues du Garnement et suite à leur initiative, nous avons contacté de nombreuses fois par missive les membres de la Chancellerie afin d’obtenir leur position officielle dans cette affaire, et après plusieurs relances de nos parts, ce n’est ni plus ni moins que le chancelier Al-Rakim qui répondit en s’adressant directement à l’organisation « Hedera ».

 

DÉCLARATION OFFICIELLE DU CHANCELIER AL-RAKIM

 

Monsieur Hedera.

Mélanger un grand cru avec de la piquette n’a jamais donné que du picrate. De la même manière, mélanger ce qu’il convient d’appeler en l’occurrence des mensonges éhontés à des demi-vérités, tronquées à votre avantage, ne donnera pas grand chose de bon. Le torchon que vous avez distribué en ville est rempli d’erreur factuelles et d’approximations que n’importe qui ayant deux sous de jugeote peut vérifier en quelques minutes.

Nul besoin d’être œnologue pour reconnaître du vinaigre, il suffit d’avoir un bon nez, et le vaillant peuple d’Hurlevent -que vous traitez à demi-mots d’imbéciles tout en prétendant parler en son nom après nous avoir traité d’usurpateur, cruelle ironie- vous a senti venir à des kilomètres, entraînés comme nous sommes à repérer les charlatans et les bonimenteurs depuis le temps que vous vous succédez sur notre palier.

  

Pour vous paraphraser, vous n’êtes ni le premier à utiliser les temps troublés que traversent la ville pour votre propre profit, ni le dernier à s’enivrer de violence sous le prétexte d’une « cause juste ».

Nous vous connaissons déjà par cœur parce que vous et vos semblables surgissez de nulle part dès qu’Hurlevent souffre, à la manière de charognards, afin de vous gorger de sa sève.

Comme toujours, il y aura des individus influençables qui, après avoir lu vos tracts, commettront l’irréparable pendant que vous serez en train de boire un verre dans votre salon, et c’est sur vos doigts que coulera le sang innocent que vous aurez contribué à faire verser. C’est parmi les pauvres et les nécessiteux dont vous prétendez être l’ami et le sauveur (nonobstant le fait que vous n’avez pas fait pour eux le centième de ce que l’Eglise de la Lumière et le Royaume a accompli) que vous trouverez vos troupes de chocs, et ils seront, comme toujours lorsque les petits-bourgeois se décident à jouer à la guerre, les premiers à souffrir inutilement.

  

Vous êtes le seul à se prétendre berger des citoyens dont nous faisons partir d’une part et considérons comme des égaux d’autre part. Et nous savons très bien qu’il n’y a, parmi ceux qui brandissent la houlette, que deux sortes de bergers : Ceux qui s’intéressent à la viande et ceux qui s’intéressent à la laine. On en trouvera aucun pour s’intéresser au mouton.

 

  Aussi vais-je vous demander humblement, s’il y a la moindre once de sincérité (Et je me contenterai de la sincérité, n’y ayant pas trouvé beaucoup de vérité) dans le pamphlet que vous rédigeâtes, de cesser immédiatement vos activités criminelles et de disparaître dans la nuit. Je vous promet sur mon honneur qu’il n’y aura pas de représailles si tout cela s’arrête maintenant.

  Dans le cas contraire, nous serons forcés de nous poser cette question : Alors que le Royaume mène actuellement la guerre la plus importante de toute son existence, à qui profiterait le désordre ? De qui seriez-vous l’allié objectif, ou au moins l’idiot utile, si ce n’est de notre ennemi, l’ennemi de tout ce qui vit ?

 

  Je crains que la réponse ne s’avère être une décoction que vous auriez du mal à avaler. Même pour vous qui en avez, me suis-je laissé dire, vu d’autres.

 

Respectueusement,

Le Chancelier Al-Rakim.

 

P.S : La réforme du Codex des Lois d’Hurlevent avance, mais je pense qu’une lettre recommandée ou m’aborder dans la rue aurait suffi pour s’enquérir de son état, nul besoin de faire imprimer trois cent tracts.

 

Au travers de cette lettre, donnant la position de la Chancellerie vis à vis d’Hedera, le chancelier pointe les contradictions de ce groupe à la population, à l’instar d’autres groupes ayant sévi sur Hurlevent comme la Clef qui, en l’an 34-35, se disant proche du peuple et voulant tuer les nobles responsables de la situation, n’hésita pas à incendier l’hôpital Montgomery dans la quartier de la Cathédrale où cette dernière soignait gratuitement le peuple… Nous nous rendons compte aussi d’un fait intéressant: Pour être poursuivis par la justice, il faut, au moins, que cette dernière porte plainte et ouvre un dossier à l’encontre des individus concernées. C’est notamment pour cette raison qu’il ne suffit pas nécessairement qu’un citoyen porte plainte ou dénonce une action pour que la Garde puisse agir, même si cela aide et favorise les processus juridiques (On ne peut ni enquêter ni rendre justice sur ce que l’on ignore).

Une autre raison probable à cette initiative de ne pas les poursuivre si ces derniers se tiennent tranquilles est justement la refonte du Codex des Lois à avenir (mais que Hedera semble avoir abandonné l’espoir de la voir un jour apparaître) dans lequel le cas Hedera pourrait être plus facilement applicable. Cette difficulté d’application s’est ressentie plusieurs fois par le passé et a toujours fini par mener à une ré-évaluation du Codex de lois comme en l’an 30 avec les animaux sauvages et druides, en l’an 33-34 avec les worgens, et plus récemment pour les explosifs. La dernière en date est l’épisode « Allifeur » où nos collègues du Garnement avaient été arrêtés par la Garde Urbaine pour des chefs d’accusations dont l’adaptabilité pouvait être discutée.

 

Une affaire à suivre avec l’éventuelle réponse de Hedera et le Codex de lois à venir.

 

 

Rislon Milloin