« Tu as bien fait d’être venu. Ici, on ne s’ennuie pas : écoute le rire de la foule, de l’autre côté du rideau. Le tout venant nous adore, personne ne se méfie… Mais toi, petit malin, tu voudrais savoir ce que cachent nos sourires, nos lazzis, et nos innombrables cabrioles ? Approche l’ami… Je vais te conter le grand pouvoir des hypocrites de mon espèce…

Nous désignons un idéal taillé pour les esprits simples. Dénué de toute soumission à la morale, il prône le pouvoir du rire, de la stupeur, du spectacle et du libre arbitre pour enfumer nos véritables intentions. C’est une pensée, un mode de vie, une arme contre les accusations et les pièges que la réalité – cette chienne – glisse tous les jours sous nos pas. En déclarant ce que vous souhaitez entendre nous sommes les médecins de votre âme et les pourfendeurs de la vérité.

 

Le véritable menteur est, avant toute chose, un esprit rompu aux principes et aux mécanismes du réel. La violence d’Azeroth et la décadence de notre âge crépusculaire sont, pour lui, les bases avec lesquelles il doit compter, les ennemis contre lesquels il se doit de protéger les âmes faibles. Et c’est parce qu’il connaît si bien les maux du monde qu’il sait comment « faire croire que… » et combattre la laideur du réel en posant dessus un voile ténu mais si beau. S’il est une évidence pour nous c’est que la réalité sera toujours en dessous des rêves, qu’il ne faut plus rien attendre de ses fruits gâtés. Nous sommes les chevaliers de l’illusion, en croisade contre le désenchantement qui guette les cœurs naïfs.

Nos tours et nos bon mots sont des dards tirés au cœur du bon sens et de l’honnêteté. Nous nous battons contre les évidences et les partis pris. Contre l’horreur d’être en vie…

Les principes sont pour nous des masques de velour noir que l’on porte pour cacher l’injure de ne plus croire en rien sinon nous-même. Azeroth est un livre aux pages blanches, où la réalité ne demande qu’à être constamment réinventée. Le chaos de l’existence est à nos yeux une pâte en mouvement qu’il faut savoir épouser, modeler, défaire et remodeler encore.

 

Pardon ? Que dis tu ? On a volé ta bourse pendant mon beau discours ? Mon ami ne te fâche pas, il faut avoir l’esprit philosophe… Et accuser le Guet ou la Chancellerie, un bouc émissaire qui fera parler de lui. »

 

Fergus Brytbald

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