Ce titre est, je dois l’admettre, légèrement mensonger. Non pas pour aguicher le chaland, ou du moins pas seulement, mais simplement parce que l’uniforme et son porteur, dans le cas présent, ne semblent faire qu’un.

“Garde ou crève”. Cette devise du Guet Urbain, aussi concise qu’explicite, résumerait à elle seule la personne qu’est le lieutenant Altan Milburn.

Plus grand que la moyenne, bien bâti, le regard d’un brun chaud plus scrutateur que expressif. Un aspect qui dégage une certaine sauvagerie, rappelant presque celle des gladiateurs de l’arène Gurubashi, au Cap Strangleronce. La barbe, cependant, est parfaitement taillée. Le cheveu noir est soigné et la tenue – celle du fonctionnaire du Guet Urbain – parfaitement ajustée. A chaque question posée, la réponse est précise, aussi tranchante qu’une lame affutée. Altan pèse ses mots avant de les prononcer, et ne s’encombre que du nécessaire.

Au prime abord, l’on peut donc penser que c’est la fonction qui définit l’homme, avant de s’apercevoir que l’homme définit lui aussi la fonction.

 

S’il existait un parcours classique pour qui se destine à une carrière au Guet, Altan Milburn l’aurait sans aucun doute emprunté. Né en Lordaeron d’un père forgeron et d’une mère militaire dans les troupes de l’Alliance, il passe son enfance à Théramore, ses parents s’y installant parmi les premiers colons. De cette époque là, il garde un penchant pour la pêche et la navigation, mais surtout un regard parfois aussi coupant que les récifs qui bordent son île d’adoption.

 

A la fin de l’adolescence, le lieutenant hésite entre deux destinées :  forger les armes ou les manier. Il s’essaie à la première, et choisit d’emprunter la seconde, s’engageant dans l’armée en tant que simple recrue, avant d’accéder en un cours laps de temps au grade de soldat, de caporal et enfin de sergent.

Ces promotions, Altan les doit à sa capacité à garder la tête froide, comme en témoigne son regard aiguisé qui tourne parfois au polaire.

 

D’ailleurs, lorsqu’il rejoint le Guet au printemps de l’an 35, c’est en tant que simple recrue. Méritocratie oblige,  l’homme décide sans hésiter d’abandonner son service – et sa fonction de sergent dans l’armée – pour recommencer à zéro.

Nul besoin d’appartenir au Service Enquêtes du Guet Urbain pour deviner qu’Altan Milburn a fait ses preuves au sein de la Garde d’Hurlevent. D’ailleurs, il a récemment acquis le grade de lieutenant. Ce rôle appelle à endosser toujours plus de responsabilités : de la gestion des troupes à celle des promotions, en passant par la décision de certaines peines de détenus.

 

Il résume les qualités d’un bon garde comme quelqu’un capable d’esprit d’initiative, mué par une volonté de maintenir l’ordre tout en faisant bouger les choses, deux idées qui, selon lui, sont loin d’être incompatibles. Ce qui compte, c’est l’envie. Le lieutenant ne s’imagine pas endosser un autre rôle. Il explique ainsi que “la garde urbaine était un rêve d’enfance, une institution aussi antique que la ville elle même”.  

Pourtant, appartenir au Guet Urbain entraîne un fardeau qui dépasse le seul poids de l’uniforme. Si l’homme est perceptible derrière le garde, il semble parfois rattrapé par sa fonction, qui restreint ses contacts avec les habitants qu’il s’emploie pourtant à défendre. Difficile en effet de créer des liens solides et des amitiés sincères avec les citoyens, qui se montrent davantage méfiants, ou pire, uniquement intéressés, par le tabard bleu et or.

Une certaine solitude que prend avec philosophie le lieutenant, visiblement professionnel dans l’âme, qui explique qu’il ne sort pas beaucoup en dehors de ses heures de service, et qu’il maintient, outre une loyauté sans faille, une certaine distance avec ses collègues, le maintien de l’ordre et le bon fonctionnement du Guet passant sans aucun doute par une hiérarchie appliquée à la lettre.

A ce sacrifice s’en ajoute un autre, le consentement au danger. Par deux fois, l’homme a frôlé la mort dans des aventures qui feraient frémir le badaud moyen, et à raison. La première est liée à une explosion qui toucha aussi des habitants, la seconde à un groupuscule de bandits qui l’amochèrent sérieusement à l’épaule.

Malgré un ton courtois et un sourire parfois amusé, ses traits coupés à la serpe, la rigueur du regard qui laisse deviner la rugosité d’un corps rompu à l’entraînement, sont des marqueurs de ses années de service, en tant que militaire comme de garde. Le lieutenant aborde d’ailleurs deux cicatrices au visage, souvenirs de l’attaque des gangregardes contre le Donjon en l’an 36, et d’une balle nullement perdue, tirée dans le fenestron de la solide porte d’entrée de la caserne.

 

Si Altan Milburn ne semble pas particulièrement friand de sensations fortes et d’adrénaline, il considère le danger, et la solitude, comme éléments intrinsèques au métier de garde du Guet Urbain. C’est sans doute en cela que l’homme incarne lui même sa fonction : celle d’une volonté sans faille de protéger les plus faibles, qu’ils le lui rendent bien ou non. Il résume d’ailleurs, non sans un certain malice, que “les remerciements permettent de faire oublier les ingrats”.

 

 

Mairi Elisabeth O’Hara