Chers lecteurs,

 

Pour ce numéro, le Garnement à choisi de se pencher sur l’institution qu’est le Guet Urbain. Pour rendre hommage à ceux, nombreux, qui sont tombés en fonction, pour revenir sur son histoire intimement liée à la capitale elle même, mais aussi pour interroger son devenir, ses petits travers, et la manière dont la Garde est perçue par ceux qu’elle a juré de protéger, les citoyens.

 

Si l’on compare Hurlevent à une grande famille, l’Urbaine serait sans aucun doute la matriarche. Au fil du temps, et de ses relations apaisées ou tumultueuses – qui font la richesse de toute histoire d’amour – elle est aussi bien le bras armé du Roi et une figure maternelle pour les Hurleventois. De celle que l’on respecte, mais que l’on craint aussi. Qui sait manier le fouet pour châtier les désobéissants, tout en prenant sous son aile ceux qu’elle estime justes et loyaux.

Pourtant, nul doute que la Garde de Hurlevent a évolué au fil des années. Le code de conduite des gardes, qui est – du moins sur le papier – son fil conducteur, a été retouché, modifié, pour s’adapter aux évolutions des moeurs, dans l’idée de mieux les encadrer. Outre la théorie, qui se présente sous la forme d’un grand nombre d’articles qui ont le mérite d’être moins opaques que le Code des délits et des crimes – et sans doute plus arbitraires aussi – s’ajoute la pratique, qui permet aux gardes une certaine marge de manoeuvre pour laisser s’exprimer les hommes derrière l’uniforme. Prenons l’exemple de l’article 22-bis du codex : il interdit les relations “plus qu’amicales” entre gardes, proscrivant les “amourettes”, ou le “concubinage”. Mais comment définir une amourette ? Est-ce une simple partie de jambes en l’air, ou une profonde amitié qui a tendance à dériver ? Les gardes n’auraient-ils pas le droit, finalement, de s’attacher à ceux qui partagent leur quotidien et leur loyauté pour le Royaume ? Dans la pratique, nul doute que les fonctionnaires du Guet Urbain se lient les uns aux autres, et le Garnement se garderait bien d’aller le leur reprocher. Il n’y a pas plus humain que l’amour, même si celui-ci se traduit uniquement par une affection momentanée, le temps d’une seule nuit ou qui fait suite à un verre d’après-service un peu trop alcoolisé.

Théorie et pratique se distinguent donc l’une de l’autre, sans forcément s’opposer. Après tout, derrière chaque garde se trouve un homme ou une femme, fait de chair et de sang, à qui on demande beaucoup de patience dans l’exercice de ses fonctions, et surtout une loyauté sans faille.

 

De loyauté, le Guet ne semble pas en manquer. Développant un côté un peu corporatiste, intrinsèquement lié au fait que la Garde est l’objet de toutes les foudres, et qu’il est bien plus facile de condamner un acte manqué que l’ombre d’une réussite qui demeurera le plus souvent cachée.

 

Aujourd’hui, dans des temps incertains qui requièrent que nous fassions front commun, nous devons être plus soudés que jamais. C’est en cela qu’il faut un codex lisible par la plupart et compréhensible de tous. Pour que les citoyens, qu’ils soient garnements ou non, comprennent la portée des actes de l’Urbaine. Ne dit-on pas que les enfants les plus turbulents deviennent sages non pas sous la fessée, mais lorsqu’ils comprennent pourquoi ils ont fait une bêtise ?

 

Mairi Elisabeth O’Hara

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