“Il manquait un journal de cette trempe en ville. La lecture est fluide, l’humour est utilisé avec parcimonie, les sujets sont sérieux et la vérité est servie sur un plateau d’argent, n’en déplaise aux cachotiers.”

 

 

 

Cher Père Siffleur,

 

Tout d’abord, je vous remercie, au nom de la rédaction dans son entier, pour la teneur de vos propos et l’envoi de cette missive. En effet, tenir un journal est une expérience fastidieuse, et si ça me permet chaque matin de recouvrir de beurre mes tartines, ça n’en reste pas moins une charge de travail considérable.

 

“Je partais du principe que toutes les vérités ne sont pas bonnes à entendre mais que ce n’était en aucun cas une bonne raison pour les taire.”

 

Pour ce qui est d’une vérité toujours bonne à dire, et sans aucun doute à entendre, je suis ravie de voir que vous partagez mon opinion. Voyez, je suis persuadée que tous les hommes sans exception sont capables de l’encaisser, même la plus déplaisante d’entre elles. Cependant, l’énoncé de celle-ci doit toujours servir un but très simple : faire bouger les choses. Dans quel sens ? Cela n’est pas de mon ressort. Après tout, les habitants de cette ville sont loin d’être des idiots : ils se forgeront leurs opinions d’eux mêmes.

 

“Vous avancez à visage découvert […] mais à la longue n’avez vous pas peur que les Hurleventois – lorsqu’ils vous voient dans les parages changent de sujets ou vous taisent la vérité de peur d’être tristement célèbre ?”

 

Déjà, je suis de ceux qui préfèrent laver leur linge sale en famille. Ensuite, les petits secrets personnels, de coucheries et d’adultères, s’ils sont sans aucun doute les plus distrayants à entendre et à raconter, n’intéressent la rédaction que dans un cercle privé, lorsqu’il se réunit avec ses proches autour d’une chope pour raconter ce qui tient du ragot, et aucunement de l’information. Quant à ceux qui ont des secrets bien plus lourds à porter, j’imagine qu’ils ont déjà le Guet sur le dos, et que le poids d’un garnement n’ajoute que peu à leur fardeau.

 

“Il est regrettable que vous ayez signé cette pétition (celle d’Allifeur Tournepignon N.D.L.R). Le souci quand on est journaliste, est qu’il ne faut pas prendre position.”

 

J’ai signé la pétition d’Allifeur Tournepignon avant de lancer le journal, mais je crois que je le referai sans doute aujourd’hui. La prise de position des journalistes est un questionnement dont je serai ravie, un jour, de débattre avec vous. De mon point de vue, l’un n’empêche pas l’autre, si tant est qu’on est capable de distinguer les deux et de tenir sa plume.

 

“N’avez vous pas peur d’être poursuivie par la Chancellerie et de ce fait qui publierait cette liberté que vous chérissez tant ?”

 

Pour conclure sur une éventuelle crainte d’être poursuivie par la Chancellerie, sachez qu’elle est réelle. Mais, je dirai simplement que ce sont les risques du métier. Croyez-moi, je n’ai aucune envie de me faire passer la corde autour du cou. Et aucune raison de monter sur le billot : tant que je reste raisonnable, les autorités se montrent courtoises. La raison est propre à chacun, mais je vous rassure, la folie ne me guette pas encore !

 

 

Mairi Elisabeth O’Hara

Publicités