“Cette lettre va sans doute piquer au vif quelques personnes. Ils se défendront comme des lions et auront certainement raison. Mais qu’ils n’oublient jamais leur serment. On ne sera jamais assez nombreux pour le boulot qui nous attend. Ma main leur est tendue. Nous avons besoin de bras ! Ceux qui souffrent ne vont pas attendre la fin nos querelles insipides pour clamser”. Le Père Bugli, appelant au rassemblement dans sa lettre ouverte du 26 de ce mois.

 

Il y a peu de temps, nous avons reçu la missive du Père Bugli, paladin de son état, ayant longuement servi au sein de l’armée en tant qu’aumônier militaire. Aujourd’hui marié et père d’un enfant, il nous fait part de son envie de servir au sein de la cathédrale de Hurlevent pour aider les plus démunis. Nous transmettons ici son appel aux heures sombres de la guerre qui nous menace. Dans un style direct et fleuri, il enjoint à la solidarité aux remises en question tout en rappelant la responsabilité des autorités religieuses vis à vis de ses fidèles et de tous ceux qu’elles ont juré de protéger.

 

Il dénonce ainsi dans une longue série d’invectives l’immobilisme de personnalités telles que la diacre Archipiade Valdelmar, mais aussi des prêtres officiant à la cathédrale, père Brunnus et père François. Les cloches sonnent dans la cathédrale et certains pourraient bien prendre un coup de bourdon. Coup de publicité ou acte téméraire ? Nous avons proposé aux autorités religieuses susmentionnées de répondre à cette lettre ouverte, dans un éternel souci de faire entendre toutes les voix dans un débat. Un appel qui n’a pas manqué de faire couler de l’encre du côté de la Cathédrale, dont la réponse de la diacre Valdelmar dans des termes aussi incisifs que des poignards.

 

“Ce sont là des allégations outrageuses, calomnieuses et plus que tout, blessantes pour qui consacre sa vie à la Sainte, et à autrui.” Archipiade Valdelmar se défendant des accusations du père Bugli dans sa réponse adressée à la rédaction.

 

Peu après la parution de cette lettre, un synode a été annoncé par les membres de l’Église de la Lumière. Conséquence ou coïncidence ? Quoi qu’il en soit, les relations demeurent tendues au sein de la Cathédrale, et le programme prévisionnel de cette réunion ecclésiastique pourrait s’avérer plus que chargé. Choc des cultures, choc de styles, et sans conteste des dissensions qui s’annoncent à l’aube du synode qui débutera le 14ème jour de ce mois, et que nous ne manquerons pas de suivre.

 

L’APPEL DU PÈRE BUGLI

 

Mes amis, j’ai les glandes.

 

J’ai peur d’un monde où nous, femmes et hommes de la Lumière, ne viendraient plus en aide aux pauvres, aux bannis, aux gueules cassées, aux putains, aux prisonniers, aux défroqués, aux demandeurs d’asile, aux voleurs de poules en attente de se faire pincer et à ceux qui en pincent pour une poule déjà maquée.

 

En aucun cas, cette foule, que nous avons malheureusement tous contribué à rendre invisible, doit nous servir à nous faire reluire, notre propre paroisse et notre petite personne. Une messe inoffensive est bien anodine si elle n’est pas précédée d’actions marquantes pour secourir ceux qui doivent l’être. Nous autres, les nantis de clocher, habillés de nos plus belles tuniques dans nos bâtiments austères ne sommes rien sans eux. Le seul qui vaille, c’est le peuple ! C’est notre sacerdoce.

 

Mais vous, tous endimanchés à la Cathédrale que vous êtes. Vous, dont le rôle au sein de notre église est d’aimer. Vous, dont la Chancellerie me fait comprendre que l’on ne peut rien entreprendre sans votre sainte présence. Où étiez-vous ? Où étiez-vous lorsque Argus est apparue dans le ciel pour tous nous faire trembler ? Où étiez-vous, lorsque les autorités interdisaient de trouver des solutions pour mettre nos plus faibles en sécurité sur Draenor ? Où étiez-vous aussi lorsque l’on emprisonnait un de nos enfants pour avoir commis comme seul crime d’oser l’ouvrir contre nos dirigeants ?

 

Vous avez un nom. Vous êtes connus. Il est vrai, plus des notables que du peuple, mais vous en profitez fort bien, votre assiette est toujours bien pleine comme il faut. Vous, repus et bien habillés, devez répondre de votre complaisance et de vos manquements pour enfin venir en aide à la communauté.

 

Vous, Archipiade Valdemar, diacre plus prompte à interdire les bordels que d’aider les pauvres filles qui y sont, qu’avez vous fait pour elles si ce n’est les mettre en prison ? En tant que femme, vous savez que ce genre de choses, on ne le fait pas de gaité de coeur. Mais pour ça, il vous faudrait essayer de comprendre. Etre l’épaule de leur réconfort. De souffrir avec elles. D’ailleurs depuis cette histoire, vous ne répondez plus à vos courriers. Parait-il que vous vous enfermez dans votre bureau depuis quelques semaines, depuis l’apparition d’Argus. De quoi avez vous peur ?

 

Vous, Père Brunnus et Père François, bons bougres que vous êtes. Pas méchants pour un sou, pas compétents non plus. Le confort de la Cathédrale vous a fait sombrer dans un long sommeil sans rêves. Le courage ne se cache pas sous votre soutane, attendez-vous la permission de vos supérieurs pour nous le déballer ? Vous me parlez d’évêques, de hiérarchie et de réunions qui attendent toujours d’être planifiées. A vous entendre, il vous faudrait même un Concile pour aller pisser. Qu’attendez-vous pour vous remonter les manches ? Voulez-vous vraiment passer pour des ergoteurs, des exégètes mal branlés ou des parasites ? Allons, vous valez mieux que ça.

 

Et vous, Baniudian Portebière, curé de campagne autoproclamé, je n’ai rien à dire sur vous. Je n’ai pas l’habitude de juger sur quelques phrases ou quelques postures… Mais tous ceux qui vous ont déjà croisé au moins une fois peuvent en témoigner. Si vous pouviez aimer un peu plus vos semblables que votre bière, ça nous ferait un grand bien. Et à votre foi, aussi. Non, ne cherchez pas, il n’y a pas de faute, c’est bien de celle-ci dont je parle. Pour un prêtre itinérant, vous ne bougez pas beaucoup. Je me méprenais certainement sur le nombre de misérables qu’on peut croiser entre le garde manger et les tonneaux de vin de messe de la Cathédrale.

 

Oui, je règle mes comptes. Sachez que j’en ai gros sur le coeur. Mais j’ai espoir !

 

Depuis quelques semaines une voie a été ouverte. Nous savons maintenant qu’une parole suffit à faire trembler les fondations des institutions les plus éternelles. Vous, les justes, ne restez plus là à vous taire. Venez avec moi. Ensemble, aidons ! Car la guerre ne se déroule pas seulement sur le champ de bataille, elle fait rage aussi dans nos villes et dans nos coeurs. La souffrance des corps n’est rien contre celles des âmes. Pardonnez celui qui a chassé la Lumière de son coeur pour y faire régner l’ombre.  Pardonnez l’homme en prison qui a tué. Pardonnez celle qui a vendu son corps pour nourrir son enfant. Pardonnez même à ces tristes soutanes précédemment citées de n’avoir rien fait pour l’en empêcher.


Cette lettre va sans doute piquer au vif quelques personnes. Ils se défendront comme des lions et auront certainement raison. Mais qu’ils n’oublient jamais leur serment. On ne sera jamais assez nombreux pour le boulot qui nous attends. Ma main leur est tendue. Nous avons besoin de bras ! Ceux qui souffrent ne vont pas attendre la fin nos querelles insipides pour clamser.

 

J’espère profondément, que grâce à tous nos efforts, ceux que l’on appelle bien cruellement les miséreux et les moins que rien pourront marcher dans la rue la tête haute.

 

Le Père Bugli