Lorsqu’un homme commet un délit, voire un crime, se pose toujours la question des raisons et des causes qui l’ont mené à un tel acte. L’assassinat d’une épouse, me diriez-vous,  peut reposer sur le motif passionnel. L’amour plonge parfois l’âme la plus lucide dans la folie. Une femme insupportable aussi.

 

Mais naît-on crapule ou le devient-on ? Se retrouver du mauvais côté des barreaux ne serait-il pas, finalement, concours de circonstances ? Un vieil adage estime que les chiens ne font pas des chats. Reste à savoir si un animal poilu en vaut un autre.

Pour illustrer ce que nous définirons la « spirale du malchanceux », il s’agit de prendre un homme ordinaire parmi les ordinaires que l’on nommera Théodore Mille-Pieds. Un bon gars, en somme, mais que les plus railleurs s’empressèrent de surnommer « Mille-Pieds gauches » tant le garçon s’avérait maladroit.

 

Avec un grand-père emporté par la peste de Lordaeron, Théodore, qui n’avait vu que la fourche et la paille des Marches de l’Ouest, se rêvait combattant pour les justes causes et les causes perdues. Malheureusement pour lui, de nos jours, une seule et même quête rassemble souvent ces deux traits de caractère.

 

Il déchanta très vite, cependant. Après tout, n’est pas Gamon qui veut. Il tenta de rejoindre les forces de l’Alliance qui recrutait à tours de bras – dans cette époque encore d’actualité ou toutes les escarmouches qu’elles soient en 5 contre 5, 7 contre 7, ou 11 contre 11 avaient pour réputation qu’à la fin, c’est toujours la Horde qui gagne – mais, peut-être à cause de ses pieds, on l’y refusa. Il tenta par la suite de se faire embaucher dans la Milice des Marches, mais manqua de casser le nez à son sergent instructeur lors du fameux test de « la planche », qui consistait à se hisser sur une planche en bois située en hauteur, à la seule force de ses bras. Il n’essaya même pas de s’enrôler au Guet Urbain, qui avait pour réputation de refuser les idiots et les maladroits.

 

C’est ainsi qu’il se retrouva bon gré mal gré de l’autre côté de la barrière. Alors oui, sans doute aurait-il pu reprendre la ferme familiale. Si l’ambition ne tue pas, elle participe grandement à augmenter les statistiques de se voir un jour passer la corde autour du cou. Mais une mauvaise rencontre, à un mauvais moment, le fit se retrouver du côté des malfrats, dans ce jeu tant apprécié des enfants d’Azeroth, qui se décline d’une manière somme toute très contextuelle : « défias contre gardes », « satyres contre sentinelles », « troggs contre mekgénieurs » ou encore « sombrefers contre chevaucheurs de Griffons »…

La vie ressemble hélas davantage à une partie d’échecs qu’à un jeu de balle aux prisonniers, et le pauvre Théodore échoua à alterner les rôles.

 

Le plus triste, dans cette histoire, est qu’il ne parvint pas à franchir les Marches de la vilénie. Sans doute était-il trop à l’Ouest. Théodore demeura au rang de petite crapule notoire, une « face de trogg » parmi d’autres. De celle dont on se moque autour d’une bière et qu’on accueille un fusil à la main si elle vient nous chercher des noises. Qui reste à la surface des affaires les plus louches tout en pensant tremper dans le grand bain. La partie émergée de la pègre, celle qui tombe, le bien souvent, en tout premier.

 

Théodore se fit passer la corde au cou, et termina non pas mille, mais six pieds sous terre.

La fin de la courte vie de Mille-Pieds pourrait servir de leçon pour apaiser les garnements les plus téméraires. Sans doute moins efficace, cependant, que de menacer de les déshériter.

 

Quelle leçon en tirer d’ailleurs ? De n’avoir que l’ambition de ses capacités ? La Rédaction se garde bien d’y répondre. Elle dira simplement que nous avons tous, quelque part en nous, deux pieds gauches…

 

Mairi Elisabeth O’Hara

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