Soucieux d’offrir un droit de réponse aux concernés par les mots du Père Bugli, nous sommes allés interrogés les Clercs de la Cathédrale de la lumière. Voici les réponses du Père François et de la Diacre Archipiade Valdelmar.

 

La lettre du Père François

En tant qu’institution séculaire et sacrée, je ne pense pas que l’Église est à débattre avec l’un de ses membres, peu importe son statut ou la gravité de ses accusations.

 

Ce n’est pas la première fois que l’on déverse un fiel aussi amer qu’inutile sur notre Sainte Église, et sans doute pas non plus la dernière fois.

 

Le Respect, première de nos trois vertus, est honteusement bafoué dans ce prétendu appel. Comme trop souvent, voilà qu’un homme se complaît à voir la paille dans l’œil du voisin et ne pas voir la poutre dans le sien, à grand renfort d’exhortations pompeuses et tournures particulièrement vulgaires. C’est ainsi.

 

Je l’affirme ici, dans le respect des Trois Vertus et d’un minimum de bon-sens commun, j’accueille et écoute ceux et celles dans le besoin, quel qu’il soit, et il en va pareillement pour l’ensemble du clergé séculier, dont la mission est -entre autre-, s’il fallait le dire ici, accompagner les fidèles sur le chemin de la foi.

 

Père François

***

La Réponse de la Diacre Valdelmar

 

 

Mon Frère,

 

Croyez le bien, j’ai encore plus les « glandes » que vous.

 

Quel ne fut pas mon émoi lorsque, à mon retour à la Cathédrale, j’ai eu le plaisir indicible de vos nombreuses missives déposées sur mon secrétaire. Et quelle surprise de voir le radical changement de ton que vous opérez de la première à la seconde, sans encore avoir eu l’opportunité d’une rencontre. Bien qu’un rien décontenancée par vos velléités à mon encontre et le caractère impitoyable de votre jugement quand bien même n’avons nous jamais échangé de vive voix, je vais tâcher de vous répondre point par point.

 

Me voici à peine revenue du Conclave qui vise à unir tous les ordres au service de la Sainte face à une menace éminemment plus dangereuse que ne le seront jamais vos accusations faciles et délétères. Vous excuserez donc à ce titre l’égoïsme inouï de mon absence. J’ai peut-être cru avec un brin de naïveté, qu’il y avait ici matière à urgence et ne pensait certainement pas être taxée de tous les noms à mon retour. Si toutefois vous parvenez à pardonner cet odieux motif qu’est la sauvegarde de notre monde, je vous dirai ceci.

 

Tout d’abord, sachez que la critique est facile mais l’art difficile, mon Frère.

Il est en effet facile de vous arroger le monopole du cœur et de crier par dessus les toits à tue-tête que les membres de l’Eglise de la Lumière ne connaissent rien des misères du peuple et ne le servent que sous couvert de leur propre glorification. Ce sont là des allégations outrageuses, calomnieuses et plus que tout, blessantes pour qui consacre sa vie à la Sainte, et à autrui.

 

Oui, vous l’avez dit. Nous sommes connus.

Bien entendu, pas pour les motifs que vous évoquez avec une touche de dissidence terriblement passée de mode, mais d’autres. Nous servons. Nous servons la Lumière, son Eglise et ses fidèles.

Depuis tant d’années nous faisons partie des visages familiers que beaucoup connaissent, contrairement au votre. Nous connaissons les vétérans à qui nous avons prodigués nos soins. Nous connaissons les orphelins à qui nous enseignons et dont le bien-être est un de nos premiers soucis. Nous connaissons ceux que la faim et la fatigue de vivre harassent, et savons où les trouver lorsque leur détresse est si grande qu’ils se cachent de la Lumière elle même. Et vous avez raison, nous connaissons aussi la noblesse, qui compte maintes âmes charitables sans lesquelles nous peinerions à agir partout, à toute heure du jour et de la nuit.

 

Nous n’avons pas attendu qu’Argus fende le ciel sous son éclat verdoyant pour nous soucier du peuple d’Hurlevent.

Si je me permettais la fantaisie de vos insinuations, je pourrais tout aussi bien vous déclarer démon pour avoir choisi d’apparaître en même temps que cet astre funeste et gangrené. Mais je vais choisir de servir la clarté de mon propos, et m’abstiendrai encore de juger celui que je connais pas, par respect pour sa personne tout comme j’aurai apprécié que vous le fassiez à mon sujet.

 

Qui êtes vous donc pour venir épancher votre bile avec une telle gratuité ?

Vous qui prétendez n’avoir que pour unique souci l’harmonie et le rassemblement en ces heures sombres, pourquoi employez vous tant de force à essayer de briser ce qui a été le plus grand rempart d’Hurlevent toutes ces années durant ?

 

Je lis dans vos mots un orgueil terrible, vous qui présagez librement de la somme de nos efforts, comme si nous n’avions jamais daigné rien faire pour autrui. Étiez vous à mes côtés lorsqu’il fallait apaiser la douleur de nos soldats dont les tripes prenaient l’air ? Étiez vous à mes côtés lorsque nous avons découvert un corps en charpies au beau milieu du bordel dont vous prenez la défense à retard, ignorant tout des aboutissements de cette affaire ?

 

Non bien sûr. Vous étiez absent. Et avec un opportunisme nauséabond, vous vous emparez de tout ce qui fait notre force pour vous en servir contre nous.

Car oui, vous avez raison. Il n’y aura jamais assez d’efforts à fournir pour faire disparaître la précarité. Jamais assez de mots pour faire sourire un enfant dont les parents ne sont pas revenus du front. Jamais assez de pleurs pour laver toutes les horreurs que le monde engendre, à une vitesse toujours plus débilitante et affolante. Jamais assez de force pour les douleurs qui nous sont infligées à tous, dans la richesse ou la misère.

 

Vous aimeriez trouver en nous l’ennemi du peuple et de la Chancellerie Royale.

Nous avons toujours été les plus fidèles soutiens du premier, et partenaires du second. Il n’est aucune force ou désaccord assez profond pour contraindre cet état de nature.

En vérité, je m’en excuse auprès de vous, Père Bugli. Mais la Foi n’a pas attendu votre arrivée pour exister. Vous n’êtes ni prophète, ni prédicateur impétueux d’une révolution à venir.

 

Nous continuerons d’avancer main dans la main, à partager le fardeau d’autrui et à tenter d’insuffler l’espoir dans les cœurs qui en sont dénués.

Nous poursuivrons la haute idée de l’être que nous a inspiré la Lumière, et nous ne concéderons pas à la Compassion seule ses autres Vertus. Le Respect et la Ténacité.

Nous aimerons notre prochain d’une force qui fera taire toute l’odieuse arrogance de votre propos, pas pour vous le prouver, mais comme nous l’avons toujours fait.

 

Et à vous tous, ceux qui errent, ceux qui se perdent, ceux qui doutent, ceux qui craignent, ceux qui croient.

Nous sommes là. Nous le serons toujours et à jamais.

Gardez la Sainte en votre cœur.

 

 

Diacre Archipiade Valdelmar

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