Allifeur Tournepignon, a contacté la Chancellerie  le 16ème jour du huitième mois de l’an 37 pour leur soumettre l’idée de l’ouverture d’un portail vers Draenor afin d’évacuer les civils en cas d’invasion de Hurlevent par la Légion Ardente. Cette missive comporte un long argumentaire, ainsi qu’une pétition comportant, selon son instigateur, environ 500 signataires.

Dans le même temps, le directeur de la Gnome Inc envoie une copie de sa missive et des documents adjacents à la Gazette de Hurlevent.

 

Ses arguments paraissent dans le premier numéro du Garnement, le 20 août. C’est aussi le 20 août au soir qu’une entrevue est proposée par le Magistrat Lynch à monsieur Tournepignon. Elle est fixée pour le 24 août.

Lors de cette entrevue visiblement enrichissante, le Magistrat propose au gnome d’organiser une concertation publique des citoyens d’Hurlevent, afin de les laisser décider ou non de leur souhait de l’ouverture d’un portail d’évacuation pour Draenor.

Le 27 août, le dossier est récupéré par le Chancelier Al-Rakim, qui organise une nouvelle rencontre avec le président de la Gnomes & inc, et nous informe qu’il publiera, dans nos pages, une déclaration de la Chancellerie.

 

Comme nous nous y étions engagés dans le premier numéro, voici la déclaration officielle de la Chancellerie, via la plume du Chancelier Khassim Al-Rakim. Vous remarquerez que l’affaire “Tournepignon” (l’ouverture d’un portail vers Draenor, N.D.L.R) n’apparaît pas dans les lignes rédigées par nos autorités. Il semblerait que le Chancelier et le président de la Gnomes & inc soient encore en instance de discussion, et la rédaction s’engage à suivre assidûment la suite des évènements.

Les causeries au coin du feu du Chancelier Al-Rakim

1 – Introduction

Hurleventoises, Hurleventois, Carminoises, Carminois, Journalistes, Journalistes, bonjour.

C’est avec un plaisir certain que je m’adresse à vous -et à ceux qui ne figurent pas dans cette énumération, si je ne suis pas exhaustif, ne soyez pas sectaires- car je n’ai pas souvent l’occasion de m’adresser aux sujets du Roy ainsi, sans ma robe de Chancelier (Que votre imagination ne s’emballe pas, je porte quelque chose en dessous), ce qui me permet de m’exprimer sans que les mots « Attendu que » ne figurent dans la moitié de mes phrases.

Vous aurez sans doute remarqué l’agitation récente autour de la pétition de monsieur Tournepignon. Bien que ce soit, au final, une tempête dans un verre d’eau, cet incident a malgré tout des choses intéressantes concernant la manière dont le pouvoir est exercé à Hurlevent, et plus exactement la vision qu’en ont les citoyens et certains agents de la force publique.

J’ai pu constater lors des derniers jours de nombreuses confusions, parfois entretenues inconsciemment par ceux qui devraient les combattre, et je m’attelle donc à la dure tâche qui consiste à m’assurer qu’après lecture de ce document, vous soyez en mesure de savoir exactement ce qu’il se passe, et pourquoi cela se déroule ainsi.

 

2 – Des normes et de leur hiérarchie.

 

Au sein du Royaume d’Hurlevent, le pouvoir s’exerce principalement de manière verticale, bien qu’il existe des interactions horizontales entre le pouvoir législatif et exécutif. Imaginez que les ensembles de règles (nous appellerons ces ensembles de règle des « normes ») qui régissent la vie des citoyens constituent les étages d’une tour, et que les étages inférieurs ont moins d’importance que les étages supérieurs.

En bas, nous pourrions trouver les usages et les coutumes, de nos jours principalement les règles de bienséance. Si vous confondez une fourchette à viande avec une fourchette à poisson, par exemple, la Garde ne viendra pas enfoncer votre porte avec un bélier à six heures du matin. Ce n’est pas non plus illégal de parler fort pendant un sermon ou d’aller acheter son pain métamorphosé en worgen, mais dans tous ces cas, la sanction est purement sociale : Vous passerez pour un zigoto auprès de vos pairs, et les conséquences dépendront des pairs en question.

 

Il fût un temps où le droit d’Hurlevent était principalement coutumier, de sorte que les sentences appliquées aux criminels étaient basées sur les décisions passées, d’abord par des juges Hurleventois qui ont précédé, puis par les juges de l’Empire d’Arathor, et enfin par les monarques. Ce droit était en grande partie oral et nécessitait que les magistrats connaissent par coeur des siècles de décisions passées. C’est la raison pour laquelle, si d’aventure vous vous aventurez dans les anciens registres de la Chancellerie et compulsez les archives des jugements passés, vous ne trouverez aucune mention du Registre des Délits et des Crimes, duquel nous reparlerons dans quelques lignes.

 

Au dessus de la Coutume se trouvent les contrats. Un contrat est une convention passée entre deux individus ou plus, dans laquelle les deux parties s’engagent mutuellement à faire ou à ne pas faire quelque chose, en général en échange d’autre chose. A Hurlevent (Les choses sont différentes en territoire gobelin, par exemple), le contrat se situe en dessous de la Loi dans la hiérarchie des normes. En d’autre termes, un contrat contenant des clauses illégales est considéré, dans son entièreté, nul et non avenu. Vous ne pouvez pas, par exemple, réclamer l’âme du premier-né de votre voisin en échange de son plus gros cochon, car le commerce des âmes est interdit.

Il en va de même pour les conséquences d’une rupture de contrat : Vous ne pouvez pas menacer le signataire du contrat d’une attaque d’accordéonistes stipendiés par vos soins pour jouer sous sa fenêtre à des heures indues.

Nous parlions plus tôt du Registre des Délits et des Crimes : C’est un ajout « récent » (quelques années désormais) à l’arsenal juridique du Royaume d’Hurlevent. Il avait pour objectif  de remplacer intégralement la coutume par un document qui puisse être consulté par n’importe quel citoyen lettré, et de faire en sorte que nul ne puisse prétendre ignorer la loi. Ses révisions sont assez fréquentes pour qu’il reste conforme à la réalité du terrain, tout en étant assez espacé pour ne pas succomber à la mode du moment, car s’il est vrai que la législation et les coutumes du peuples s’influencent l’une et l’autre, il reste préférable que ce soit la Loi qui dicte les comportements et non l’inverse.

 

Ce registre fonctionne en vertu d’un principe relativement simple : « Nullum crimen, nulla poena sine lege ». Cela signifie qu’il n’existe nul crime, nulle peine, sans la loi qui les définit, et accessoirement que tout crime défini par la Loi se doit d’être accompagné d’une peine. « Il est interdit de jouer de la cornemuse en public » n’est pas une loi, bien que je salue la démarche. « Il est interdit de jouer de la cornemuse en public sous peine d’une amende de 5 pièces d’or, précédée par la destruction immédiate de l’instrument. En cas de récidive, son possesseur sera jetté dans la Grande Forge. » en est une. Il arrive de temps en temps qu’une loi soit rédigée et appliquée rétroactivement lorsque l’on se rend compte qu’un acte particulièrement odieux et immoral a été commis sans que les législateurs n’aient pu imaginer qu’il se trouvera un jour un homme capable de l’envisager.

 

Terminons ce tour d’horizon (en espérant que vous ne l’avez pas trouvé trop fastidieux) par le dernier étage de la hiérarchie des normes :

La parole du Monarque. Lorsque le Roi s’exprime, sa parole est d’une valeur supérieure aux lois écrites. Cela peut être temporaire et ne s’appliquer qu’à un cas précis (Condamner un homme à mort ou au contraire, le gracier) ou bien au contraire supplanter totalement la loi existante pour une durée indéterminée, ce qui signifie en pratique que la loi sera réécrite pour s’y confirmer.

 

3 – Des affaires qui nous intéressent présentement.

 

3a – Des pétitions.

 Je vais être direct : Il va falloir arrêter tout de suite avec ces histoires de pétitions avant que ça ne devienne une mode. La valeur intrinsèque d’une idée -je peux trouver facilement dix mille chèvres qui s’accordent sur le fait qu’il n’y a rien de meilleur que l’herbe- ne se mesure pas au nombre de personnes qui sont d’accord avec, mais bien à ses qualités propres. Nul doute que dans le cas de l’avant-dernière pétition en date, un rendez-vous à la Chancellerie nous aurait convaincu ou pas du bien-fondé de l’idée de monsieur Allifeur, n’ayant besoin d’autre chose que son esprit brillant. Un raisonnement bien mené tient debout par lui-même, y compris contre ce qui semble être les faits lorsque ces derniers sont à réviser.

Les employés de la Chancellerie et les membres du Guet Urbain prennent leurs décisions en âme et conscience et ne sont pas là pour se faire influencer ou corrompre par des éléments extérieurs. Et je ne doute pas que certains d’entre vous auraient fait de drôles de tête si « Les Amis de la Corderie » avaient présenté une pétition en faveur de la pendaison de mademoiselle O’hara avec plus de noms.

 

3b – Du statut juridique exact des employés de la Chancellerie.

Comme je l’ai mentionné plus tôt, le registre des Délits et des Crimes a été rédigé conjointement par la Chancellerie et par la Garde. Ceci étant dit, bien que ce délicieux ouvrage soit sorti du néant primordial pour apparaître sous notre plume, cela ne fait pas de nous ses maîtres. Sur l’épée que je garde de côté pour exécuter les quelques nobles condamnés à mort de notre royaume sont gravés les mots d’un homme d’état de l’Empire d’Arathor :

« Legum servi sumus ut liberi esse possimus » : « Pour pouvoir être (véritablement) libre, nous devons être les esclaves de la Loi. »En d’autres termes, nous ne commandons pas à la loi comme le Roi le ferait, nous nous contentons de la suivre et de la faire respecter.

Outre cela, la loi, comme le stipule l’un de ses premiers article, est d’”interprétation stricte ». Cela signifie que si la personne qui doit trancher un cas a le choix entre une interprétation complexe et une interprétation simple, c’est la seconde qui gagne.

Pour ce qui est de l’affaire du premier numéro du Garnement, il y avait en effet publication de média. Mais comme le plan de l’Etat-Major vis-à-vis d’Argus (dévoilé récemment) n’étais à l’époque pas public, il n’existait aucune politique royale allant à l’encontre de la pétition de Monsieur Tournepignon, et donc, par construction, cette pétition ne saurait aller à l’encontre de la politique du Roi. On pourrait dire que la Chancellerie, étant l’extension du pouvoir Royal, le représente directement, et donc que contredire la Chancellerie, ce serait contredire le Roi.

Voici pourquoi les choses ne pourraient guère fonctionner ainsi :

La Chancellerie a deux rôles principaux qui prévalent sur tout les autres :

– Premièrement, s’occuper de toute les affaires mineures qui n’ont aucune raison d’arriver sur le bureau du Roi, ce qui implique de prendre des décisions sur des sujets dont il n’entendra jamais parler qu’en passant. Il serait malhonnête et trompeur de considérer que l’augmentation des tarifs de stationnement pour les charrettes contenant plus de trente kilos de marchandise est l’action directe du Roi.

– Deuxièmement, s’assurer de traduire en des lois ancrées dans la réalité du terrain les directives de notre Monarque.

Prenons pour exemple notre alliance avec le Roi Grisetête.

Contredire ou critiquer la décision même d’ouvrir nos portes à nos cousins du Nord, par contre, irait en effet à l’encontre de la politique du Roi et constituerait une infraction.

Mais, lorsque nos alliés Gilnéens ont été accueillis en ville, par exemple, il a fallu légiférer afin d’intégrer les nouveautés qu’ils apportaient avec eux dans la vie de la cité. Le statut juridique des malédictions et de la transformation lupine, par exemple. Comme les lois ont pour vocation de régir divers aspects de la vie quotidienne (certains aspects seulement, si le meurtre et l’espionnage pour le compte de l’ennemi font partie de votre vie quotidienne, je vous invite à contacter l’officier de la Garde le plus proche afin d’être incarcéré), elles se doivent d’être adaptées.

Pour être adaptées, il faut qu’elles soient mis en pratique, et s’il y a un problème, nous devons être avertis au plus tôt ! Si tout les gens qui se plaignaient étaient mis en prison, des décisions désastreuses, ou présentant une faille qui causerait des ennuis plus tard pourraient perdurer pendant des années, années au terme desquelles il serait devenu impossible ou difficile de revenir en arrière.

Parallèlement à cela, on ne reprochera rien à un officier de la Garde qui choisit de demander des explications avant d’obéir à une injonction de la Chancellerie qui lui semble douteuse ou même illégale (Du moment que la situation n’est pas urgente, bien sûr, il y a des moments où l’on a pas le temps de discuter les ordres. En faisant cela, il évitera d’abuser du pouvoir qui lui a été conféré et ne risquera pas de devoir ensuite se contredire et revenir en arrière.)

Pour conclure, je dirai que non seulement les décisions de la Chancellerie doivent pouvoir être critiquées, mais qu’en certaines occasions il est vital qu’elles le soient. Je ferai ensuite confiance aux lecteurs et aux rédacteurs du Garnement pour déceler ces occasions et les saisir, avec modération.

A force de crier au loup au moindre petit cafouillage, on finit par ne trouver personne pour nous écouter.

 

4 – Conclusion :

J’ose espérer que ce manuscrit un peu longuet ne vous est pas tombé des mains.

De manière tout à fait indépendante des événements récents, une refonte du registre des Délits et des Crimes a été amorcées pour résoudre certaines incohérences et clarifier l’arsenal juridique d’Hurlevent.

Pour ce qui est d’Argus, je n’ai plus à cacher désormais qu’une coalition de héros et d’aventuriers de la Horde et de l’Alliance voguent actuellement vers la planète gangréné afin de mener une attaque préventive contre la Légion.

Nous sommes à un tournant de l’existence d’Azeroth, un conflit total entre la Lumière et les Ténèbres, le Bien et le Mal, les Endives et le Jambon.

Une guerre, l’ultime guerre peut-être, bien que nous n’en verrons peut-être pas la fin de notre vivant, pour préserver notre mode de vie, nos traditions, notre liberté.

L’ennemi – et quelques alliés avec plus de bonnes intentions que de bon sens- fera tout pour nous diviser, nous monter les uns contre les autres, aviver les vieilles rancunes. Nous nous battrons dans les cieux, sur la terre et sur la mer, dans les forêts, les cavernes et les plans élémentaires, nous nous battrons ici, chez nous, s’il le faut, et pour chaque homme ou femme qui tombera sur les remparts d’Hurlevent, dix, cent d’entre eux tomberont.

Les peuples libres d’Azeroth prendront de force la place qui leur revient dans le vaste univers, et ils comprendront quand nous les traquerons impitoyablement ce qu’est vraiment une Croisade Ardente. Nous leur donnerons une leçon dont même leurs morts se souviendront : Personne n’attaque Azeroth sans en payer le prix.

 

Je ne suis pas un homme qui promet beaucoup ; Je ne suis jamais sûr à cent pour cent qu’aucun grain de sable ne viendra se glisser dans les machineries bien huilées que j’affectionne.

Je vous promet cependant cette unique chose : Quoi qu’il puisse se passer, quel que soit l’issue de cette bataille, nous ne disparaîtront pas en silence dans la nuit.

 

Et je compte sur vous pour ne pas me faire mentir.

Cordialement,

 

Khassim Al-Rakim,

Porte-Flamme,

Chancelier d’Hurlevent

« Justice Sévère est Toujours Justice. »