Survivre à Hurlevent l’été : suivez le guide !

 

Ah, les beaux jours… ils recouvrent Hurlevent d’une délicate torpeur. Les dames, chanceuses, font alléger leurs jupons. Les hommes les plus coriaces se contentent d’affronter un ennemi inavoué, le soleil, qui les fait cuire, lentement, sous leurs épaisses armures.

 

Le saviez-vous ? Les apothicaires font souvent recette durant les mois d’été, en écoulant un stock considérable d’élixirs gnomiafine, du nom de son célèbre inventeur.

Le saviez-vous ? Le tram en direction de Forgefer est particulièrement bondé en été. A croire que personne ne résiste à la volonté d’aller prendre un peu le frais. Attention cependant à éviter tout moment de disgrâce. Le  « collé serré » en heure de pointe n’est souvent apprécié que des habitants de la Baie.

 

Mais l’arrivée de l’été marque aussi le passage de drôles d’énergumènes. Qu’ils se complaisent à faire courir le garde du Guet Urbain dans toute la ville sous un soleil de plomb pour la faire passer du stage de grillade « saignante » à « bien cuite », ou à agresser les pauvres bougres ayant astucieusement choisi de faire une petite sieste au cimetière d’Hurlevent ; ils représentent  une rencontre au mieux d’un mortel ennui, au pire d’un ennui mortel.

 

Afin de traverser l’été en toute sérénité, la rédaction vous dresse une liste, non exhaustive, des conseils suivants :

–          Evitez tout individu habillé entièrement en noir : cela peut vouloir dire plusieurs choses, toutes plus contrariantes les unes que les autres.

1)      L’individu ne peut s’exposer au soleil. Donc il ne sort pas, ne boit pas, ne rit pas. Il s’agit sans doute d’un Chevalier de la Mort, ou pire, d’un bibliothécaire.

2)      L’individu est en deuil. Et il fait trop chaud pour que vous lui prêtiez une épaule compatissante, de peur qu’il laisse une marque moite sur le cuir de votre dernière trouvaille.

3)      L’individu est un individu dangereux. En général, il porte alors un masque pour ne pas se faire reconnaître. L’application de cette idée semble somme toute farfelue, car l’individu, le seul masqué en ville, en deviendra si ce n’est reconnaissable mais pour le moins connu.

4)      L’individu cherche à se donner une allure d’adolescent rebelle et torturé. Une mode très répandue en période estivale. Il ne rêve sans doute que de vous aborder pour que vous guérissez son cœur. Mais si vous n’êtes pas amateur de puzzle et de romance épisodique, fuyez.

 

         Refusez le syndrome du provincial en ville : vous aussi, avouez-le, vous ne supportez plus ces fringants paladins dépareillés, tout juste débarqués de la pampa pour s’encanailler, qui ont sans doute consommé tant de feuillerêve qu’ils prétendent se nommer Illidan, Grisetête ou Jaina (le dernier étant, à leur décharge, un prénom visiblement en vogue chez les petites filles) et qui donnent lieu à un curieux langage de sourds qui se termine bien souvent en duel, devant l’entrée des Héros de notre chère capitale.

 

–          La tourista : maladie récurrente dont les symptômes n’apparaissent qu’à la période estivale. Si les touristes sont une source indéniable de richesse pour les commerçants d’Hurlevent, ils n’en demeurent pas moins agaçants. Ils débarquent par paquet de douze, en général d’un navire en provenance de Kalimdor. Souvent en rangs d’oignons, parfois solitaires et perdus. Ils ne parlent pas la langue, et se font arnaquer par le premier vendeur de masque venu. Parfois, poussé à bout, vous leur indiquez une mauvaise direction dans l’espoir malsain qu’ils se retrouvent au Bar Tabasse plutôt qu’à la Chope sucrée… Et vous appréciez grandement  lorsqu’ils payent 4 pièces d’argent un godet de cidre que vous auriez refusé, même offert.

 

–         Investissez dans une paire de cache-oreilles (et ce quelque soit la température) : malgré le risque d’une trace de bronzage disgracieuse, ils sont l’unique moyen de préserver votre ouïe de l’appel irrésistible des sirènes qui voudraient vous transformer en héros d’un jour. Hurlevent l’été est plus bruyante qu’un nid de harpies, et la tradition veut qu’un Hurleventois en détresse se mette à hurler dans toute la ville, ameutant une large foule de sauveteurs plus ou moins expérimentés et les candidats refoulés au poste du guet. Le pire revient à la difficulté de localiser la potentielle victime. “Mais t’es où ?” “Mais t’es pas là !”…. Une musique qui relève plus de la cacophonie que de la symphonie, à rendre dingue toute personne recherchant un tant soit peu de calme dans la capitale.

 

–          Résistez à l’appel de la nudité : vous n’en pouvez plus, sous cette armure ou ce plastron de cuir. Et cette eau… si claire, si limpide. Une invitation à se désaltérer. Que nenni ! Ne succombez pas à l’appel de l’étang d’Olivia. Vous risqueriez de vous faire chiper vos vêtements par une bande de garnements (La rédaction nie tout lien de causalité) et de devoir rentrer chez vous dans le plus simple appareil. Pour le plus grand plaisir des moqueurs. Sachez cependant que l’attentat à la pudeur est considéré comme un délit selon l’article DE-8,1, Chapitre 2 – Des délits, du code des Délits et des Crimes, tome 1. Plus discret, mais tout aussi piège, évitez l’erreur du débutant qui consiste à attirer votre dernière conquête dans la grange non loin, la file d’attente est longue avant d’y accéder, et l’hygiène est loin d’être au rendez vous. De plus, la garde ne manque jamais d’y faire une descente. Le genre à étouffer dans l’oeuf toute romance prometteuse.

 

–          Les clés pour reconnaître un individu souffrant de schizophrénie sévère : il est en général plus armé que le Guet Urbain lui-même. Blessure de guerre apparente, bien qu’il semble ne pas dépasser les vingt-cinq ans. Des tatouages à l’encre noire pour le côté mauvais garçon, mais un sourire mièvre au moindre compliment. Il est volatile, et pourra vous faire payer le refus d’un simple verre par un coup d’épée meurtrière, qu’il aime à surnommer « Tempête », « Vipère », ou encore « Audace » pour les plus téméraires. Visiblement, il n’a pas encore choisi son camp. Il devra d’ailleurs souvent vous fausser compagnie de manière soudaine à l’heure du dîner, par peur de subir les foudres de sa mère, qui visiblement, tente coûte que coûte d’améliorer son éducation. En général, l’individu schizophrène est souvent drapé de noir.

 

Mairi Elisabeth O’Hara

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