La polémique s’engage : nous avons pris contact avec la Chancellerie afin de lui faire part de notre intention de publier la lettre ouverte de monsieur Tournepignon. Nous souhaitions également obtenir les impressions de la Chancellerie afin de les intégrer à l’ensemble des faits. Voici la réponse surprenante que nous recevons.

Les mots du Magistrat Lynch 

 

Le dix septième jours du huitième mois de l’année trente-sept, Hurlevent

 

Madame,

 

J’ai bien pris acte de votre missive dans la journée. J’ai également lu les documents fournis par Allifeur Tournepignon.

 

Pour l’heure je vais convoquer monsieur Tournepignon pour discuter de tout son programme en face à face comme des gens civilisés. Cependant la Chancellerie, aujourd’hui représenté par moi même, Magistrat Astagan Lynch, refuse la publication de ses missives dans la gazette ainsi que la propagation de ses envies de réouverture d’un portail magique vers Draenor via un média.

 

Si l’apparition se fait dans la gazette, vous serez ainsi tenu responsable de complicité ainsi que publication de journaux ou autres médias allant à l’encontre de la politique du Roy.

 

Mes salutations sincères,

 

Magistrat Astagan Lynch

 

 

Face au refus manifeste du Magistrat Astagan Lynch de laisser diffuser l’information au grand jour, et ce, alors qu’aucun mot n’avait encore été couché sur le papier, nous estimons que nous avions un droit de réponse, voire même, un devoir de réponse au nom de la liberté d’une expression censée et mesurée.

 

Voici aujourd’hui notre réponse au Magistrat Lynch. Si la Chancellerie souhaite réagir publiquement à notre lettre ouverte et à la pétition de monsieur Tournepignon, nous nous ferons un devoir de le faire paraître dans le prochain numéro.

 

Monsieur,

 

Je me permets aujourd’hui de publier dans ce modeste journal – que certains considéreront sans doute comme le plus sale des torchons, juste bon à allumer un feu, mais qui aura peut être un semblant d’écho pour d’autres – votre lettre qui fait suite à une demande de ma part de rédiger un article factuel et non engagé, sur la pétition lancée par monsieur Allifeur Tournepignon concernant l’ouverture d’un portail afin de pouvoir, en dernier recours, évacuer la population vers Draenor.

Vous remarquez au prime abord, que je n’utilise pas le levier de la Gazette de Hurlevent, comme “tribune” à la pétition de monsieur Tournepignon. Pour respecter votre formelle interdiction, mais surtout par égard pour monsieur Rislon Milloin et son journal.

Par ailleurs, sachez qu’avant de recevoir votre lettre, je n’avais aucune aspiration à “propager les envies (de monsieur Tournepignon) d’un portail vers Draenor”, mais simplement de mener un travail d’information. Si j’ai signé, à titre personnel et comme de nombreux hurleventois sa pétition, je me savais suffisamment professionnelle pour ne pas mélanger les torchons et les serviettes (une expression qui se prête fort bien au contexte !), et le travail journalistique, des convictions personnelles.

 

Cependant, votre refus, accompagné de menaces plus qu’explicites pour qui connait le Code des délits et des crimes, est venu à bout de ce que les biens pensants se plairont à appeler déontologie.

Est-ce faire du tort à la politique du Roy que d’aborder un sujet d’actualité, signé par un grand nombre de citoyens ? Est-ce faire du tort à la politique du Roy que d’ouvrir le questionnement sur ce qui relève non pas du batifolage dans nos rues mais de la survie de tous ? Je ne crois pas.

Si la teneur des propos de monsieur Tournepignon appelaient à la rébellion, à la haine ou à l’effronterie, je n’aurai eu aucun désir de les rendre publics. Mais il s’agit ici de liberté de débattre. De différencier ce qui relève du droit à l’intelligence et au bon sens, à la seule volonté de créer du trouble.

 

C’est pour défendre ce droit que j’ai décidé de publier la lettre qu’a adressé Monsieur Tournepignon à la Chancellerie. Non pas pour appeler à la fuite, allumer la flamme de la panique voir attiser l’incendie de la rébellion, mais pour son droit à exprimer des idées dont les tenants et aboutissants ont un impact sur l’avenir de l’ensemble de la population.

 

Enfin, vous parlez de “complicité”. En publiant sa tribune, je deviendrai donc complice de monsieur Tournepignon. Pourtant, vous expliquez aussi votre volonté de le recevoir pour discuter “en face à face, comme des gens civilisés”. J’avoue avoir du mal à vous suivre : si monsieur Tournepignon est considéré comme opposé à la politique du Roy, pourquoi le recevoir et accepter d’en discuter avec lui ? N’est-ce pas admettre, d’une certaine manière, que ses propos ne sont pas frondeurs mais qu’ils vous sont juste désagréables à entendre ?

 

Aujourd’hui, je publie la lettre de monsieur Tournepignon en toute connaissance de cause. En étant convaincue que ses propos, comme les miens, ne sont en rien défiants envers l’unité du Royaume,  fondamentale en ces temps incertains.

En étant convaincue que ses propos, comme les miens, seront utiles à l’ensemble des citoyens d’Hurlevent, qui, je n’en doute pas, sauront se montrer dignes.

 

Une fois passé l’enfance, une vérité effrayante vaut mieux qu’un mensonge rassurant. Pour se battre et mourir digne, en toute connaissance de cause.

 

Je vous adresse mes plus respectueuses salutations,

 

Mairi Elisabeth O’Hara